Renald Bernier

La solidarité, pas juste dans les mots…

27 Mai. 2013

Monsieur Larousse définit la solidarité comme étant un : « rapport existant entre des personnes qui, ayant une communauté d’intérêts, sont liées les unes aux autres ». Le développement des communautés forestières et de la main-d’oeuvre ainsi que la mise en valeur de nos boisés par la mise en commun de nos ressources, sont sans nul doute les intérêts communs des groupements forestiers. J’insiste depuis plusieurs années, la principale force des groupements forestiers réside dans la solidarité qui lie chacun d’entre nous.

Nous avons pu constater la puissance de cette solidarité ce printemps. Les efforts qui ont été déployés par tous les groupements forestiers auprès des décideurs locaux ont permis de faire comprendre l’importance de la forêt privée dans nos communautés respectives. D’autres exemples sont probants. Parlons notamment de l’obtention d’une reconnaissance légale pour les groupements forestiers et surtout de l’établissement de règles de gouvernance. Sans solidarité, nous n’aurions pu y arriver.

Des visites importantes

L’idée de vous parler de solidarité m’est venue, car j’ai été confronté à cette question plusieurs fois dans mes fonctions de maire. La solidarité envers nos concitoyens est souvent testée. Elle doit transpirer dans nos décisions et se traduire concrètement sur le terrain. Pourrais-je appuyer une décision qui au premier abord semble logique, mais qui à moyen terme mettrait en danger l’école de notre village? Évidemment non! On doit penser aux jeunes familles et aux enfants qui iront à l’école dans cinq ou dix ans, pas juste au compte de taxes de cette année. Cette question de solidarité m’est apparue encore plus importante dernièrement. Comme à chaque année, j’ai l’occasion de participer à plusieurs assemblées générales de groupements forestiers. Chaque fois, je suis enchanté de discuter avec les propriétaires regroupés. Je sens un réel sentiment d’appartenance envers leur groupement forestier qui s’est bâti sur 40 ans de travail acharné.

Des résultats significatifs

Le fait que chacun des propriétaires regroupés mette ses forces en commun a fait la différence au cours des années. Combien d’entreprises forestières peuvent se targuer d’être demeurées en affaires depuis 40 ans? Bien peu, sauf nous. Grâce à cette mise en commun, plusieurs groupements forestiers ont acquis de la machinerie spécialisée. Ces achats ont permis de réaliser les travaux plus efficacement, avec une meilleure qualité, et ce, au bénéfice de tous les propriétaires. La solidarité qui nous unit a aussi permis de préserver un noyau de travailleurs sylvicoles qui seront essentiels dans les prochaines années. Je ne compte plus les groupements forestiers qui ont gardé à l’emploi des travailleurs alors que la situation économique aurait plutôt milité pour un changement de cap? Je pense aussi aux nombreux groupements forestiers qui ont embauché des travailleurs d’usines lors de périodes d’arrêts afin de s’assurer qu’ils demeurent en région? Ce n’est pas de la solidarité ça? Depuis quelque temps déjà, nous voyons aussi apparaître des formules d’achat commun ou de partage de ressources entre les groupements forestiers. Comment passer sous silence l’esprit de solidarité des groupements forestiers qui ont supporté le prix du bois de leurs propriétaires pendant la crise forestière. Ce faisant, le groupement forestier permettait aux propriétaires regroupés de conserver leur lot et de continuer à créer de la richesse en région en alimentant la chaîne de valeur. Les groupements forestiers ont fait preuve de solidarité; je vous le jure.

Une solidarité à alimenter

Nous savons tous que les temps changent. Le profil des propriétaires de lots boisés aussi. Faut-il se surprendre de voir de nouveaux comportements? Pas du tout. Est-il normal qu’un propriétaire agisse de manière non solidaire avec les autres propriétaires regroupés. Non, mais il ne le fait pas nécessairement en toute connaissance de cause. Peut-être ne sait-il pas que c’est cette solidarité entre membres qui nous a permis de passer au travers toutes ces crises. Le temps des assemblées générales est propice pour se rappeler les liens qui nous unissent. Toutefois, il est essentiel de les cultiver durant toute l’année. Il faut, d’ores et déjà, profiter de toute l’expertise et de l’expérience des groupements forestiers afin de les transmettre à une nouvelle génération de propriétaires de manière à assurer la pérennité de nos régions.