Alain Paradis

L’Accord de Paris, nos gouvernements et la filière biomasse

18 Jan. 2016

La filière de la biomasse forestière destinée à la production de chaleur tarde à prendre son envol alors qu’elle offre de multiples bénéfices, dont celui d’être une excellente option à la lutte aux changements climatiques. La signature de l’Accord de Paris et les engagements importants des gouvernements canadien et québécois fourniront-ils aux promoteurs de cette filière les outils favorisant son plein déploiement?

L’Accord de Paris

La plupart des observateurs s’entendent pour dire que l’Accord de Paris signé par 195 pays marque un tournant dans la lutte aux changements climatiques. Malgré certaines critiques quant à la faiblesse des aspects contraignants de l’accord ou encore à l’imprécision des cibles à atteindre, même les groupes environnementalistes s’en réjouissaient. La déclaration d’un d’entre eux indiquant que: « Le texte de l’accord place clairement l’industrie fossile du mauvais côté de l’Histoire », évoque bien l’importance de ce tournant.

Pour nous, forestiers, Québécois, Canadiens, quels seront les impacts de cet accord? Est ce une opportunité de développement pour notre secteur d’activités, comment pouvons-nous contribuer à l’objectif ambitieux de limiter l’augmentation de la température de la planète à 1,5 0C?

Engagements du gouvernement canadien

L’avènement du nouveau gouvernement à Ottawa change considérablement la donne. De toutes nouvelles orientations ont été prises en matière de changements climatiques. Dès la formation de son cabinet, le premier ministre précisait ses attentes dans une lettre à ses ministres. On peut voir, entre autres, qu’il demandait à sa ministre de l’Environnement et du Changement climatique, d’élaborer un plan pour lutter contre les changements climatiques, de veiller à ce que les provinces disposent d’un financement fédéral à cet effet et d’apporter un soutien au ministre des Finances dans la création d’un nouveau Fonds pour aider à financer des projets qui réduisent sensiblement les émissions de carbone.

À son ministre des Ressources naturelles, il demandait de travailler avec son collègue de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique afin d’investir dans des producteurs de technologie propre, etc.

Ce type de message est répété à son ministre des Finances pour, entre autres, la mise en place de «mesures fiscales en vue de générer plus d’investissement dans les technologies vertes».

Avec cette convergence de demandes et d’engagements, j’ose croire que le gouvernement fédéral est mûr pour une implication importante dans le soutien du déploiement de la filière de la biomasse forestière destinée à la production de chaleur puisqu’elle est une des meilleures options parmi les technologies vertes pour réduire nos émissions et créer des emplois en plus d’être compétitive et de contribuer à consolider l’industrie forestière.

Au retour de Paris, le premier ministre ajoutait qu’il réunirait les premiers ministres des provinces dans les 90 jours pour établir un plan et il réitérait sa volonté d’investir dans les technologies propres afin de créer des emplois et d’appuyer les communautés.

Souhaitons que des mesures fiscales favorables aux investissements «verts» et des budgets d’aide soient annoncés dès le prochain budget fédéral.

Au gouvernement du Québec

Le gouvernement du Québec n’est pas en reste. Notre premier ministre et toute sa délégation ont été très actifs à Paris et, selon eux, le Québec pouvait s’enorgueillir de ce qu’il avait accompli. C’est sûrement mérité, mais il y a encore beaucoup à faire.

À titre d’exemple, pour un domaine qui nous est cher à la Fédération, soit l’utilisation de la biomasse forestière pour la production de chaleur, le programme offrant une mesure d’aide à l’implantation de chaufferie est suspendu depuis septembre 2014.

Quinze mois sans orientation et sans perspective constituent un sérieux frein au développement d’une filière. Nous attendons toujours cette perspective claire dans la prochaine politique énergétique. Nous attendons aussi une réallocation budgétaire des argents du Fonds vert au programme biomasse.

La demande est là. La technologie est performante. La filière bénéficie d’une grande acceptabilité sociale. Les bénéfices environnementaux et économiques sont importants en plus d’engendrer des retombées positives sur le secteur forestier, moteur économique pour plusieurs régions. Le gouvernement du Québec doit passer du discours à l’action.

Il doit aussi profiter de l’ouverture du gouvernement fédéral pour obtenir des mesures fiscales favorables aux énergies renouvelables et pour des budgets favorisant l’implantation de projets structurants.

Mes souhaits à tous pour une année 2016 énergisante!