Jocelyn Lessard

Le caribou et nous

29 Sep. 2014

La protection du caribou forestier devient un enjeu pour mesurer notre capacité à promouvoir un véritable aménagement forestier durable. Pas certain que le caribou connaît la pression qu’il exerce sur le secteur forestier, mais nous devons réussir ce test.

Pas simple

Je ne suis pas un expert et ce texte n’est pas un avis scientifique. La stratégie à adopter n’est pas évidente et les défenseurs de choix simplistes, ceux qui veulent tout protéger sous une cloche de verre ou qui proposent d’éliminer les derniers caribous ne sont pas très utiles. Tapez caribous forestiers sur Google et vous obtiendrez près de 90 000 occurrences, c’est devenu un symbole.

Cela fait plaisir d’entendre le chef d’un parti politique affirmer en période électorale que les caribous ne feront pas perdre un seul emploi en forêt, mais comment y parvenir ? Des questions troublantes Les problèmes proviennent du fait que le caribou forestier est menacé et que pour l’aider il faut créer des aires protégées de très grandes superficies. Cela réduirait la possibilité forestière et compromettrait 3 000 emplois.

Des sommes importantes ont été investies en recherche pour comprendre la dynamique des caribous, mais bien des choses sont encore inexpliquées ou difficiles à prévoir. Les travailleurs des territoires où les caribous sont présents en voient souvent, généralement sur les chemins forestiers. Est-ce qu’ils fuient vraiment l’homme ? Est-il vrai qu’une partie du troupeau a été réintroduite ? Pourquoi le caribou du nord semble-t-il souffrir d’un déclin aussi marqué que le caribou des bois alors qu’il n’y a aucune récolte forestière dans son habitat ? Est-il exact que 75% des caribous forestiers se trouvent aujourd’hui au-delà de la limite nordique, où nous ne récoltons aucun volume ? Enfin, la question qui me trouble le plus est celle de prédire les effets des changements climatiques. La progression des coupes vers le nord joue peut-être un rôle, mais les orignaux et les chevreuils agrandissent inéluctablement leur aire de distribution vers le nord. Les caribous cohabitent très mal avec eux et ils subissent la prédation des loups qui suivent ces autres cervidés. Si l’on arrêtait toutes les coupes forestières aujourd’hui, est-il possible que le caribou fores-tier soit tout autant menacé par le réchauffement?

Ne pas se mettre la tête dans le sable

On peut proposer des recettes pour manger du caribou pour se défendre, mais on ne peut pas prétendre être une industrie verte et durable sans se pencher sur cette problématique. Certains ont utilisé les données d’un inventaire qui décelait une augmentation du cheptel pour nier l’existence du problème.

Cela nous expose à de graves répercussions. D’une part, l’inventaire prend difficilement en compte la très grande mobilité des hardes. D’autre part, il démontrait un problème de recrutement. Les troupeaux ont du mal à se reproduire et à régénérer leur population. La perte de la certification nous punirait sévèrement de notre insouciance en nous fermant l’accès au marché. Je ne pense pas non plus que seules les personnes qui vivent dans la forêt ont le droit de participer au débat.

Des compromis possibles ?

Est-il légitime de proposer des compromis ? Pour quelle raison serait-il acceptable de compromettre une partie du cheptel de caribous qui est menacé ? Pour procurer un rendement sur le capital des actionnaires de compagnies forestières ? Pas certain que cela soit du développement durable. Pour permettre aux populations humaines d’occuper le territoire, c’est un angle plus facile à défendre. La science n’a pas toutes les réponses, mais il ne faut pas les attendre, il pourrait être trop tard. Est-ce que la chasse aux prédateurs constitue une partie de solution ? Est-il possible de combiner les aires protégées qui se trouvent au nord de la limite nordique avec des parties de territoire qui se trouvent au sud pour atteindre des masses critiques ? Devons-nous essayer de concentrer les activités humaines dans des parties de territoires, par exemple favoriser l’exploitation forestière à proximité des sites miniers ? Est-ce que les choix sylvicoles peuvent nous aider ? Je ne connais pas la réponse à ces questions, mais ce dont je suis certain, c’est que nous devons concilier les approvisionnements forestiers avec la protection du caribou forestier. Cette réussite deviendra même une source de fierté.