Jocelyn Lessard

Les entrepreneurs forestiers perdent leur invisibilité

12 Juin. 2017

Le 28 avril dernier se tenait à Québec un atelier de travail sur l’avenir de l’entrepreneuriat forestier. Retour sur un événement qui pourrait constituer un point tournant.

LA PLACE DES ENTREPRENEURS FORESTIERS

Tous les segments de la chaîne de valeur des produits forestiers sont essentiels. Celui de l’approvisionnement nécessite la contribution d’entrepreneurs forestiers performants et en bonne santé. La FQCF est préoccupée depuis longtemps par leur situation. Elle a invité plusieurs acteurs du secteur forestier aussi sensibles à cette question afin de rechercher des consensus pour améliorer leur environnement d’affaires.

Au cours de la première rencontre, l’un des participants à décrit la situation des entrepreneurs en évoquant leur invisibilité dans le système forestier. Ils sont nombreux et ils possèdent des équipements spécialisés et coûteux, mais ils sont souvent silencieux et tellement dispersés dans un immense territoire qu’ils deviennent invisibles.

Ce groupe de travail sur l’entrepreneuriat forestier s’intéresse aux activités de récolte et de transport de bois. Il s’est réuni à quelques reprises afin de préciser son mandat et définir son cadre de travail. Les attentes de la Fédération étaient limitées, mais le niveau des discussions s’est élevé rapidement.

La première action convenue a consisté à programmer l’atelier de travail qui s’est tenu en avril. L’organisation a été confiée à FORAC et à FPInnovations. Ils ont largement dépassé les attentes. Plus de cent personnes invitées représentant des : entrepreneurs, donneurs d’ouvrage, associations, centres de recherche et fournisseurs y ont participé. L’atelier devait alimenter le plan d’action de la prochaine année du groupe de travail.

QUATRE THÈMES EXPLORÉS

L’entrepreneuriat est un sujet complexe, mais le groupe a convenu qu’il fallait segmenter les discussions pour aborder des sujets concrets. Les thèmes retenus sont déterminants pour le succès des entrepreneurs. Le premier portait sur les formations, tant celle d’opérateurs que celle sur les fonctions de gestion de l’entreprise. Les deux sont indispensables, mais plusieurs acteurs estiment qu’elles ne sont pas suffisamment adaptées et accessibles.

Plusieurs pistes sont à explorer pour améliorer la situation, dont une révision des programmes académiques et l’ajout de possibilité sde formation en entreprise. C’est encore plus compliqué pour la dimension entrepreneuriale, mais il faut aussi renforcer cette composante majeure des entreprises.

Le deuxième thème portait sur l’évolution technologique. Plusieurs croient qu’il existe une résistance particulière au Québec à ce sujet. Des exemples stimulants ont été présentés et des discussions intenses ont été tenues pour expliquer la situation et pour l’améliorer. Les entrepreneurs forestiers peuvent et doivent s’inscrire dans la quatrième révolution industrielle.

Le troisième thème portait sur les programmes pour soutenir les entrepreneurs forestiers. L’objectif ne consistait pas à discuter seulement des programmes financiers, mais ce sujet a accaparé l’essentiel des discussions. Les programmes existants sont méconnus et les paramètres souvent peu adaptés. Le MFFP avait de bonnes nouvelles à annoncer concernant les modifications apportées au programme ESSOR – équipements forestiers, mais les participants ont souligné que la mise de fonds initiale constitue toujours un obstacle sur lequel il faudra se pencher.

La capacité d’anticipation complétait les thèmes abordés. Elle a suscité pas mal de passion. Il est ressorti que le contexte actuel où les entrepreneurs ont un très court horizon connu devant eux ne leur est pas favorable. Les solutions ne sont pas évidentes, mais le groupe détient beaucoup d’éléments à analyser pour essayer d’améliorer la situation. Globalement, l’atelier a été un événement sympathique et porteur d’espoir.

La mixité de participation était particulièrement riche et porteuse de réseautage dynamique. Tous veulent répéter l’expérience et conviennent que l’invisibilité des entrepreneurs ne fait plus partie des options.

DÉPART D’ANDRÉ TREMBLAY

Nous avons appris pendant le congrès du CIFQ qu’André Tremblay, le pdg, allait quitter ses fonctions en septembre. En cette période de forte turbulence, ce n’est probablement pas une bonne nouvelle. Je profite de cette page pour le remercier. Après sept ans à ce poste très exigeant, il avait développé une maturité exceptionnelle. Il n’a jamais perdu de vue les intérêts de ses membres, mais il avait adopté un ton qui a rendu possible plusieurs avancées, dont un réel rapprochement de l’industrie avec les gouvernements et une présence plus constructive dans les médias. André est aussi un chic type à côtoyer.

Nous lui souhaitons bonne chance pour ses nouveaux projets.