Claude Dupuis

Les hauts et les bas du bois

12 Déc. 2012

Nous recevons des signaux contradictoires, mais au moins l’avenir des produits du bois fait toujours partie de l’actualité. Une certaine relance se profile, mais le chemin vers une situation plus confortable est parsemé d’embuches.

L’amphithéâtre de Québec, une occasion manquée ?

Les gens du secteur forestier ont suivi avec attention le mélodrame entourant la place que les autorités n’ont pas voulu donner au bois dans la construction du prochain Colisée de Québec. Ils étaient nombreux à considérer que l’amphithéâtre aurait constitué une vitrine exceptionnelle. Ce dossier était un peu devenu un symbole de l’importance que la société québécoise accepte de donner au bois. Le résultat final a été décevant. Il faut comprendre ce qui s’est passé. Le dossier était probablement mal engagé. Notre absence de culture collective pour l’utilisation du bois nous amène à essayer de remplacer l’acier par le bois dans des projets conçus par des architectes qui ne connaissent pas ce matériau. Il serait préférable de miser sur des projets élaborés au départ pour le bois. Il faut aussi constater que les lobbys de nos concurrents sont probablement plus forts que les nôtres. Comment expliquer que seulement le journal Le Quotidien ait rendu public que Chantier Chibougamau s’est fait imposer des exigences impossibles à rencontrer dans les délais prescrits? Les médias nationaux ont plutôt choisi de diffuser les pirouettes du maire qui dénonçait que l’entreprise n’avait pas fait ses devoirs. Finalement, compte tenu de toute la controverse qui entoure ce dossier depuis le début et des risques encore élevés de l’échec du projet, certains se réjouissent tout de même que le bois n’ait pas été retenu. Si cela devait devenir un éléphant blanc, il vaut mieux pour nous que personne ne se défende en disant que c’est la faute du bois.

Quand le malheur des uns fait le bonheur des autres

Il faut faire preuve de compassion au sujet de la terrible tempête qui vient de ravager les côtes du nord-est américain. Son effet a été si dévastateur qu’elle a entraîné la mort de près de 20 personnes en plus de priver huit millions de personnes d’électricité. Cette catastrophe destructive aura pourtant une conséquence positive sur nos activités forestières. Contrairement à Katrina qui n’a pas été perceptible dans les carnets de commande, Sandy le sera certainement. La différence est sociologique. Sandy a frappé une zone beaucoup plus riche et les assurances vont payer pour faire reconstruire des résidences où le bois jouera un grand rôle. Ajoutons la proximité géographique de ce marché pour les usines québécoises et vous avez tout en main pour vous préparer à relancer la production. La reprise de la construction américaine était timidement en cours, Sandy va lui donner un coup d’accélérateur.

Ne pas se laisser distraire

La relance de l’industrie du sciage est certainement une bonne nouvelle à court terme. Pourtant, il ne faut pas s’en contenter. Les vertus environnementales du matériau bois vont l’aider à pénétrer de nouveaux marchés, mais nous devrons faire nos devoirs en même temps que le sciage redécolle, pour que cela se produise. Il faut prioritairement trouver les moyens d’écouler les quantités importantes de copeaux qui vont accompagner la relance du sciage, parce que le marché des pâtes et papiers n’est plus ce qu’il était avant la crise. Il faut aussi progresser pour utiliser davantage de bois dans les constructions non résidentielles. L’engagement de la nouvelle première ministre lors du discours inaugural de réviser le Code du bâtiment pour favoriser l’utilisation du bois dans les immeubles jusqu’à six étages est très encourageant. L’embellie du marché du sciage ne doit pas camoufler la mise en place d’un régime forestier qui ferait augmenter les coûts d’approvisionnement. Cela perpétuerait notre vulnérabilité économique et nous ramènerait trop rapidement en crise au prochain ralentissement. Enfin, si les usines de transformation arrivent à engranger les bénéfices, il ne faut pas imaginer que cela se fera sans un retour d’ascenseur vers la forêt. Il est urgent d’envoyer un signal aux entrepreneurs et opérateurs qu’ils vont aussi profiter de la relance pour améliorer leur situation. Sinon, cette relance pourrait être de courte durée parce que la pénurie d’entrepreneurs et d’opérateurs, déjà latente, rendra très complexe l’approvisionnement en quantité et qualité.