Marc Beaudoin

Les stratégies

18 Oct. 2016

Depuis plusieurs années, je vous ai parlé de mes nombreux passe temps. La chasse en est certainement un. Vous avez aussi entendu parler des «pools» de hockey et de mes manies d’entreposage. Que dire de mes tentatives d’éducation auprès de ma belle-mère et de ma fine connaissance des chocolats chauds d’arénas…

Par contre, jusqu’à maintenant, je ne vous avais jamais parlé de ma plus grande passion, celle de la stratégie militaire. La Guerre de Sécession, celle des Gaules, évidemment la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale ainsi que le conflit du Vietnam trouvent une place de choix dans ma bibliothèque.

On y apprend beaucoup sur la nature humaine en lisant ce genre de livres : l’impact de décisions prises dans des circonstances très tendues et chaotiques. Notamment que ce ne sont souvent pas les plus grands généraux qui sont les plus géniaux.

Un des bouquins que j’aime relire est celui qui analysait la chaîne de commandement des armées de l’Axe et des Alliés lors du second conflit mondial. De manière très simplifiée, l’auteur concluait que l’une des principales raisons du succès des Alliés était d’avoir un système décentralisé qui s’appuyait sur la possibilité des unités combattantes de s’adapter aux conditions quelles rencontraient et à l’évolution de la bataille, tout en gardant l’objectif en tête. Cette approche les rendait ainsi plus efficaces.

À l’inverse, l’Axe utilisait une chaîne de commandement centralisée qui fixait à la fois les objectifs et les moyens pour y arriver. Les unités combattantes avaient peu de marge de manoeuvre et devaient s’astreindre à une tactique même si elle était inadaptée. Si on voulait changer quoi que ce soit, on devait retourner au sommet et faire redescendre ensuite les ordres. Plutôt long en pleine bataille.

La mobilisation

Cette histoire me semble fort à propos aujourd’hui. En effet, nous avons convenu avec nos partenaires de l’importance de mobiliser les bois de la forêt privée dès cette année. L’objectif de 1 million de mètres cubes de bois supplémentaires a été fixé.

Or, le champ de bataille est parsemé d’embûches. Il reste énormément de travail à faire. À ce titre, nous pouvons penser : aux règles de distribution de la seconde tranche du budget de mobilisation des bois, le recalcul des taux, la destination des bois, les ventes du Bureau de mise en marché des bois (BMMB) qui viennent en compétition celles de la forêt privée, et combien d’autres.

Or les groupements forestiers se retrouvent sur la ligne de front. Dans un système en pleine mutation et pardessus tout au cours d’une année de transition, nous devons mobiliser le bois des producteurs regroupés. La commande est imposante, vous en conviendrez. Alors comment allonsnous nous y prendre ?

La marge de manoeuvre

Dans une situation chaotique, il est dans la nature humaine de vouloir contrôler le plus de choses possible afin de s’assurer que les gens sur le terrain déploient les tactiques que nous croyons les meilleures. Cette approche pourrait mener à – lier les mains – des troupes sur le terrain en amplifiant les contrôles et les balises. Cette approche nous laisserait peu de marge de manoeuvre et rendrait la modification des processus lente et énergivore.

Une approche différente

Or tenter de centraliser à la fois les stratégies et les tactiques serait une grave erreur, car elle mettrait de côté l’une des grandes forces que la forêt privée possède. En effet, tous les partenaires ont décidé de mobiliser les bois. Nous serons jugés sur notre capacité à le faire, point à la ligne. Il existe une volonté commune d’y arriver. Nous devons utiliser cette volonté commune et faire confiance aux acteurs en place. Personne n’a intérêt à manquer la cible. Tous veulent y travailler – cela ne fait aucun doute.

Donc, des questions se posent. Limiterons-nous les scénarios sylvicoles ou permettrons-nous d’avoir recours à la créativité ? Appliquerons-nous les normes à la lettre ou à l’esprit (comme guide) ? Ajouterons-nous des contrôles ou allègerons-nous les contraintes cléricales ? Ferons-nous confiance à nos partenaires ou nous en méfierons-nous ?

Il y a des personnes qui ont eu à faire face à des circonstances beaucoup plus dramatiques que celles que nous connaissons présentement. Des personnes qui ont eu le courage de faire confiance. Aujourd’hui nous sommes devant un tel choix ! Comme le disait si bien Jules César en traversant le Rubicon «Alea jacta est».