Marc Beaudoin

Une marge de manoeuvre svp!

28 Nov. 2013

Avez-vous remarqué que c’est lorsque l’on croit avoir réussi qu’on se rend compte qu’on était encore loin de la coupe aux lèvres? Bien moi, je croyais avoir réussi assez bien avec l’éducation de mes enfants. Grosso modo, ils font ce que je leur demande et ils écoutent les consignes. Ils ne sont pas trop forts sur les nuances, par contre. L’autre jour, je travaillais sur le terrain, ma fille me demande d’aller faire du vélo. «Pas de problème ma grande, je termine mon travail et on y va! Dans combien de temps? me demande-telle. Dans quinze minutes environ. Je me dépêche de terminer mon creusage de trou et de laver mes outils. Et là, pendant que l’eau du boyau d’arrosage troué giclait partout et que le robinet était de toute évidence bloqué, ma fille toute heureuse arrive avec son casque: «On y va, ça fait quinze minutes!» Et moi de répondre: «OK, oui mais laissemoi encore quelques minutes le temps que j’arrange tout ça.» Oh là là, la crise: «tu m’avais promis, et tu ne respectes pas ta promesse!» me dit-elle haut et fort en allant pleurer à sa mère. Mettons que je n’avais pas beaucoup de jeu, non?

Le régime forestier

Nous sommes un peu dans cette situation avec l’application du récent régime forestier. On a planifié et préparé le travail depuis plusieurs mois, mais là, il n’y a plus de place à l’interprétation, on doit faire avec la réalité. Or, nous savions tous que l’implantation du régime forestier serait ardue, que plusieurs acteurs devraient s’adapter à un nouveau rôle ou du moins à une nouvelle façon de faire. On a beau planifier, les choses ne vont pas nécessairement comme prévu, c’est classique. Que reste-t-il à faire? Une seule chose : s’adapter au changement.

Une entrée en scène difficile

La mise en place du régime forestier pour la réalisation des travaux sylvicoles est difficile. Nous observons plusieurs problèmes. Quelques exemples? Commençons par l’attribution de travaux qui sont hors normes. Poursuivons avec des planifications qui sont en retard. Ajoutons des travaux qui manquent dans les ententes de réalisation. Que penser des prescriptions sylvicoles qui ajoutent des contraintes opérationnelles non prévues à la grille de taux? On pourrait en citer plusieurs autres, mais j’arrêterai ici, essouflé… Ce qui est important de comprendre de ces cas, c’est qu’à chaque fois que quelque chose ne marche pas, ce sont les entreprises, notamment les groupements forestiers qui en payent le prix. Quand on ne sait pas où l’on va, quand les feuilles des arbres sont à leur pleine maturité, difficile de planifier le personnel et de garder le moral des troupes. Souvent on engagera trop pour éviter d’en manquer. Lorsque l’on nous propose des traitements qui diminuent la productivité des travailleurs de 50%, c’est encore nous qui en payons le prix. On ne peut pas se permettre ces coûts dans la situation économique actuelle.

Quoi faire?

La mise en scène que je viens de faire pourrait laisser croire que les fonctionnaires qui travaillent à l’implantation du régime forestier sont tous à côté de leurs chaussures. Ce n’est pas le cas. Une très vaste majorité des personnes impliquées essaient de faire fonctionner le système le mieux possible, j’en suis certain. Par contre, ont-ils la liberté d’action pour régler ces problèmes? Ont-ils seulement le mandat clair de régler ces problèmes? Dans plusieurs régions, nos pouvons observer un jeu de ping-pong entre les différents intervenants. «Je comprends le problème, mais je n’ai pas l’autorité d’agir, adresse-toi en haut!» Vous savez quoi, je suis certain qu’ils ont raison, et c’est peutêtre ça le problème. Il y a une immense différence entre le fait de contrôler des activités forestières et celui de participer activement aux processus opérationnels. Les acteurs du MRN et de REXFORÊT doivent apprivoiser ce rôle aussi. Il est important de doter les décideurs en région du pouvoir de régler les problèmes. On sait qu’il y en aura toujours, mais il est impensable de dire aux entreprises de vivre avec. Si nous voulons réussir, on ne doit pas apprendre à vivre avec les problèmes, on doit les régler simplement. En somme, il faut trouver le moyen de renforcer les entreprises et cela passe nécessairement par une bonne planification des travaux. Les entreprises composent avec une pression énorme à chaque printemps quand les travailleurs appellent tous les deux jours pour savoir quand débura la saison ou même s’ils seront eux-mêmes de retour. Assurons-nous que la commande soit claire et que tous ont la marge de manoeuvre pour régler les problèmes plutôt que de pédaler dans le vide…