Jocelyn Lessard

«No» : une stratégie inspirante?

17 Fév. 2017

No est un film sur le référendum chilien de 1988. Contrairement aux apparences, c’est très positif. Une inspiration pour valoriser le secteur?

À voir

Autant prévenir, je dévoile l’intrigue du film. Il a été réalisé en 2012 par Pablo Lorrain avec Gaël Garcia Bernal. Il porte sur l’histoire du référendum chilien quant à la possibilité qu’Augusto Pinochet puisse solliciter un mandat supplémentaire de huit ans. Pinochet a pris le pouvoir en 1973 après un coup d’État pour renverser le gouvernement socialiste. La transition a été brutale et a entrainé la mort de Salvador Allende, le président élu quelques années avant.

Le film débute en 1988. La constitution stipule que le président ne peut pas exercer plus de deux mandats, mais Pinochet veut continuer. L’opinion internationale a les yeux braqués sur le Chili. Les conseillers du président lui propose de tenir un référendum afin d’obtenir l’accord de la population. Ils sont persuadés que les Chiliens auront peur de l’instabilité que provoquerait le départ du général et que les dix-neuf partis d’opposition ne réussiront jamais à s’entendre.

Ils proposent une campagne référendaire d’un mois avec un espace de 15 minutes par jour à la télévision pour chacun des camps. Le personnage central est un jeune publicitaire chilien qui revient au pays. Il fréquente les gens du pouvoir, mais il appuie la cause du peuple. Dans ce contexte explosif, imaginez comment les partis de gauche échafaudent leur campagne. Leur premier jet présente en images tous les abus du régime en place: enlèvements, tortures et disparitions des opposants. Ils en ont gros sur le coeur et, enfin, ils peuvent le montrer au peuple pour convaincre les Chiliens de dire non à Pinochet.

Invité à commenter cette stratégie qui remplit les vieux militants de fierté, le jeune publicitaire reste froid et il leur demande : «Pensez-vous que vous allez gagner le référendum avec cela?». Cette question suscite l’indignation. Pourtant, il réussit progressivement à les convaincre de mener plutôt une campagne positive basée sur la joie, seul moyen de rallier une majorité parmi des classes sociales très différentes. Le «non» a donc été associé à l’espoir de construire un pays avec un avenir excitant. Dans la vraie vie, le Chili a aussi dit non à la dictature et entrepris sa transition démocratique.

Campagne pour valoriser l’image du secteur forestier

Le Forum innovation bois a posé le constat. Le secteur forestier est mal connu et il n’a pas une bonne image. C’est nuisible, surtout pour le recrutement de la relève dont nous avons cruellement besoin. Mêmes les papetières sont inquiètes pour le remplacement de leurs travailleurs.

Difficile de croire que cela sera facile en forêt. Afin de redorer notre image, une campagne de mobilisation se met en place. Il faut rallier une multitude d’acteurs et porter un message commun. Est-ce que la mission est plus difficile que de convaincre le peuple chilien de dire non à Pinochet? Avec tous nos malheurs, l’acharnement de nos concurrents et contestataires et notre faible culture de collaboration, je le crains un peu. Devons-nous revendiquer d’une voix plus forte et commune pour réclamer de l’aide? Allons-nous répéter le signal que notre secteur ne s’en sort pas en désignant les coupables? Allons-nous plutôt faire valoir les vertus de la foresterie et son avenir formidable pour créer de la richesse au Québec?

Je veux être clair, je n’ai pas de lunettes roses. Plusieurs problèmes structuraux nous affectent et il faut s’y attaquer ensemble pour améliorer notre performance. Cependant, les arguments ne manquent pas pour mener une campagne de promotion positive. Nous avons des défis stimulants à relever et nos forêts offrent une multitude de possibilités, dont la production durable d’un matériau vert renouvelable qui conduit à une multitude de produits d’avenir.

Nous pouvons grâce à la forêt créer une prospérité durable pour les communautés et tout le Québec, et nous pouvons en être fiers! Tous les segments de la foresterie doivent être mis à contribution pour construire et diffuser ce message. Les coopératives forestières seraient très heureuses de participer à cet effort en faisant valoir leur engagement social et leur aptitude à innover en misant notamment sur le virage numérique pour stimuler les jeunes à venir relever en forêt les défis de demain.