Renald Bernier

Un nouveau sommet

28 Nov. 2013

Madame Pauline Marois nous convie à un Sommet sur la forêt les 21 et 22 novembre prochain afin de convenir d’un plan d’action forestier triennal. J’accueille cette annonce avec enthousiasme. Ce sera une occasion unique de repartir sur de nouvelles bases.

Nous avons dû prendre plusieurs décisions déchirantes à la suite du manque de budget ou de planification. Il importe de remettre le secteur forestier sur les rails et d’utiliser les forces vives de notre secteur à leur plein potentiel. Par contre, nous ne pouvons pas entrer dans cette aventure en faisant fi de la réalité. Nous ne pouvons pas nous permettre de regarder trop loin sans penser qu’au bout de nos pieds, il y a peut-être un précipice. C’est pour ces raisons qu’a priori, des questions doivent être résolues si l’on veut vraiment tirer profit de cet événement. Un sommet forestier et non un sommet de la forêt publique Trop souvent, ce genre d’activité laisse peu de place à la forêt privée. On y parle presque exclusivement de la forêt publique et on ajoute une petite phrase à la fin pour parler de la forêt privée. Je ne veux en aucun cas m’embarquer dans ce genre d’aventure. Madame Marois nous a bien dit que ce serait un sommet tant pour la forêt privée que publique. Il reste à savoir si les organisateurs l’auront entendue, car l’heure est à trouver des moyens pour créer une réelle synergie entre ces deux tenures.

Une stabilité budgétaire

Comment pourrons-nous regarder en avant si nous ne sommes pas certains de passer à travers la prochaine année ? Il en coûte annuellement environ 70 M$ pour réaliser la recette sylvicole en forêt privée au Québec. Ce chiffre est trompeur, car les Agences de mise en valeur de la forêt privée ont construit leur plan de protection et de mise en valeur (PPMV) de manière à respecter les budgets disponibles. Il est évident que la forêt privée serait en mesure d’accepter beaucoup plus d’investissements qu’actuellement. Dans un contexte de création de richesse, il serait plus que judicieux d’augmenter les investissements en forêt privée. Depuis 2003, c’est une moyenne de 45,72 M$ que l’État investit dans la réalisation de travaux sylvicoles en forêt privée. Pour y arriver, il utilise le Programme de mise en valeur de la forêt privée, le Programme d’investissement sylvicole et le Programme de création d’emplois. Depuis 5 ans, ce montant diminue continuellement, et ce, malgré la sollicitation de programmes fédéraux pour maintenir l’équilibre. Une condition essentielle à la réussite du redéploiement du secteur forestier consiste, au minimum, à maintenir les investissements sylvicoles historiques en forêt privée. Nous demandons donc un engagement de trois ans à hauteur de 44,7 M$, ce qui correspond à la moyenne des dix dernières années en excluant la plus haute et la plus faible valeur. Il s’agit d’une augmentation de 4,5 M$ par rapport aux investissements de 2013.

Des décisions à appliquer

Avant de tailler dans du neuf, il serait logique de mettre en place ce qui est convenu depuis longtemps. En effet, il ne se passe pas une rencontre des partenaires sans parler du renouvèlement du Programme de remboursement de taxes foncières. Un programme fort intéressant, mais qui le devient de moins en moins, car inchangé depuis 17 ans. Par deux fois, tous les partenaires se sont entendus pour au moins ajuster ce programme. Ce devait être fait pour le 1er janvier 2013. Ce ne l’est pas encore. Même chose pour l’enregistrement du statut de producteur. C’était une décision facile à appliquer et qui aurait fait économiser des milliers de dollars à chaque conseiller forestier. Constat, un an de retard au moins. Le sérieux du sommet commande que l’État mette en oeuvre ces deux décisions immédiatement.

Une résidualité à appliquer

Le gouvernement a voulu renforcir le concept de résidualité par lequel les bois de la forêt privée ont préséance sur ceux de la forêt publique pour l’approvisionnement des usines de transformation. Dans les faits, il existe encore un écart entre le voeu et la réalité. Ainsi, les bois de la forêt privée sont toujours en compétition avec ceux de la forêt publique. Il n’existe pas ou peu de coordination entre les deux marchés. Il serait difficile d’envisager le futur sans une assurance que le principe de résidualité sera appliqué convenablement.

Nous participerons

Je crois sincèrement que le gouvernement du Québec démontrera son intérêt envers la sylviculture, surtout en forêt privée. Mes propos leur donnent une bonne piste pour le faire. Comme toujours, nous serons au poste afin de travailler avec l’État p our faire en sorte que le secteur forestier puisse participer au développement économique du Québec. Reste à savoir si nous pourrons regarder vers le sommet ou si nous devrons tenter d’éviter le précipice.