Jocelyn Lessard

Pensons en dehors de la boîte

13 Mai. 2014

Vous connaissez cette expression qui signifie qu’il faut changer notre perspective pour trouver des solutions originales. Au risque de faire passer la dinde de travers, je vous invite à ce genre de réflexion pour le temps des fêtes.

Tout notre environnement change à une vitesse extraordinaire. Avec notre nouveau régime forestier, cette tendance accélèrera. Pour s’adapter, il est impératif de se remettre en question. Pouvez-vous penser en dehors de la boîte ? Pour lancer votre réflexion, j’utilise deux exemples de remise en question fondamentale qui s’inspirent des origines respectives des concepts.

L’anarchosyndicalisme

J’ai entendu une chronique du philosophe Normand Baillargeon sur l’anarchosyndicalisme à l’émission «Dessine-moi un dimanche» de Radio- Canada. Il comparait la situation actuelle du syndicalisme québécois qui préfère, avec le Fonds de solidarité, renforcer les modèles capitaliste et patronal, à celle du syndicalisme réformiste du début du siècle. Les penseurs qui en sont à l’origine, aspiraient à un monde meilleur basé sur des conditions de travail supérieures qui seraient accessibles en abolissant le patronat. L’objectif était de faire en sorte que les travailleurs s’approprient les entreprises. Ils imaginaient qu’en plus de leur allégeance sectorielle et à une entreprise, les travailleurs se retrouvent dans une grande union syndicale. Elle aurait porté des missions sociales pour favoriser l’entraide, l’éducation et même l’accès à la culture. Noam Chomsky, le philosophe et activiste politique américain, aurait même prétendu que l’anarchosyndicalisme représentait l’avenir de l’humanité. Est-ce que cette vision pourrait revaloriser le syndicalisme dans la société d’aujourd’hui ?

Une coopérative financière sans prêt hypothécaire

Le numéro de novembre du journal coopératif Ensemble propose un dossier sur l’hypothèque équitable. Le journal présente le cas actuel de la coopérative financière suédoise Jord Arbete Kapital qui, depuis quarante ans, offre des services bancaires sans intérêt. Le principe est simple, la coopérative charge des frais de 3% qui se calculent sur le montant résiduel du prêt. Elle demande à ses membres d’épargner un montant équivalent à chacun des remboursements. Sur la durée totale d’un prêt hypothécaire traditionnel, les intérêts ont priorité sur le remboursement. Après la moitié du délai d’amortissement, c’est à peine un quart du capital qui est remboursé. Le journal déduit que dans ce modèle, l’humain est vraiment au service du capital. À un taux de 6,75% sur un prêt de 50 000$, avec des mensualités de 572$, le Québécois aura payé 18 609$ d’intérêt après dix ans et il n’aura aucune épargne. Le Suédois, pour un prêt d’une même valeur, aura après 10 ans payé 7 556 $ de frais. Avec un remboursement de 417 $ par mois et une épargne de 417 $, il aura accumulé 50 000 $. Il semble que cette formule ne soit pas très intéressante quand les taux d’intérêts sont aussi bas que maintenant, mais s’ils remontent, aimeriez-vous devenir membre de Jord Arbete Kapital?

Les coopératives forestières

Les bouleversements sont très profonds actuellement dans le secteur forestier. Est-ce possible d’imaginer que tout va revenir comme avant? Puisque c’est fort peu probable, nous devons aussi sortir de la boîte pour réfléchir à notre avenir. Nous devrons réviser nos façons de faire, nos financements, nos outils et notre rapport aux technologies. Pour demeurer en affaires, l’obligation de performance est incontournable. Pouvons-nous pendant cet exercice oublier que nous sommes des coopératives de travailleurs ? Estce qu’il s’agit d’une dimension qui nous permettrait de nous distinguer? Même si l’économie capitaliste environnante et la société de consommation sont aveuglantes pour notre utopie coopérative, elle doit être vivante. Les coopératives forestières sont disposées à travailler ensemble en utilisant ainsi davantage la force de leur réseau. Cela procure des avantages concrets en rendant accessibles des ressources plus importantes. C’est la force de la coopération. À l’échelle de la coopérative, les membres doivent aussi se mobiliser et faire preuve d’ouverture pour s’adapter aux changements. Les valeurs coopératives sont alors utiles pour combiner la solidarité et la responsabilité individuelle. Cela permet à tous de ramer dans la même direction. Pour traverser cette délicate période d’adaptation, il faut avoir un projet commun et stimulant en tête, mieux, un projet coopératif. Quel est votre projet coopératif ? C’est ce que je vous souhaite de trouver sous le sapin. Joyeuses fêtes à tous et toutes.