Martin Béland

Pour «agir ensemble» en forêt

6 Nov. 2017

Le Conseil consultatif sur l’économie et l’innovation a déposé en septembre un rapport déterminant pour le Québec et qui a trop rapidement retombé dans l’ombre. Le Conseil propose d’«Agir ensemble» pour un Québec innovant, inclusif et prospère.

SE PROJETER SOUS UN ANGLE NOVATEUR

Le Conseil est une bibitte étrange. Présidé par Monique Leroux, présidente d’Investissement-Québec, il regroupe trente-deux personnalités connues provenant de la sphère économique, privée et publique, et du milieu financier. Avec plusieurs collaborateurs, le Conseil a planché pendant dix mois pour élaborer une proposition qui provient davantage du terrain que des concepteurs habituels des programmes gouvernementaux.

Son mandat consiste à «formuler des propositions pour renforcer l’innovation et la recherche, améliorer la compétitivité des entreprises, faire croître l’investissement privé, développer les infrastructures, intensifier les exportations et l’internalisation des entreprises québécoises et stimuler l’entrepreneuriat ». Toute une commande n’est-ce pas? Je crois que vous devriez tous prendre le temps de le lire, plusieurs recommandations méritent d’être considérées. J’espère d’ailleurs que plusieurs partis politiques s’en inspireront pour préparer leur éminente plateforme électorale. Pour ma part, je souhaite vous parler plus spécifiquement de trois coups de coeur.

RELANCE DU SECTEUR FORESTIER

Le Conseil reconnaît l’importance incontournable de l’activité forestière pour le Québec. Il dresse un portrait réaliste de la situation en s’inquiétant des enjeux de compétitivité, de productivité, d’innovation et de recrutement de la main-d’oeuvre. Il souligne et encourage toutes les initiatives rigoureuses en cours. Il insiste sur l’importance de la concertation et de la mobilisation. Il présente quelques cas intéressants pour en inspirer d’autres, notamment le succès de la Vallée de La Matapédia avec ses projets de chauffage de bâtiments à la biomasse.

Le Conseil fait sienne l’idée qu’au Québec l’utilisation du bois doit être aussi naturelle qu’utiliser l’électricité. Dans ses recommandations, il propose de positionner le Québec comme leader nord-américain des structures de bois multi-étages. Il propose de continuer à stimuler les investissements en misant sur les niches où les produits sont en croissance. Il prêche aussi pour favoriser la construction de liens structurants entre les secteurs forestier et de l’énergie et les initiatives de lutte contre les changements climatiques. Tant mieux si l’ensemble des leaders québécois supportent cette vision stimulante, c’est peut-être le déclic que nous attendions.

L’IMPORTANCE DÉTERMINANTE DE L’ÉDUCATION

Le Conseil se penche sérieusement sur l’éducation, moyen incontournable pour ajouter de la valeur à notre économie dans un contexte démographique préoccupant. Plusieurs pistes sont explorées, mais celle qui retient le plus mon attention est la deuxième recommandation. Elle propose de s’inspirer d’une initiative de l’Ordre des CPA du Québec qui a créé un programme technique court en finance et comptabilité pour accélérer l’insertion en emploi.

La proposition consiste à miser sur les CÉGEP, qui sont bien implantés partout en région, pour créer des partenariats entre Emploi-Québec, les entreprises du secteur privé et les Centre collégiaux de transfert de technologie pour mettre en place des programmes de qualification et requalification en alternance travail-étude. Le Conseil suggère même l’appellation de programme rapide d’emploi-technique (PRET). L’idée s’adresse surtout à certains domaines clés et en croissance, mais ne serait-ce pas une option pour combler la pénurie qui s’annonce critique pour nos postes techniques ? Êtes vous prêts à tenter l’expérience?

DU PLUS BAS SOUMISSIONNAIRE À L’APPROVISIONNEMENT GOUVERNEMENTAL STRATÉGIQUE

La Loi sur les contrats des organismes publics prévoit que les appels d’offres doivent respecter la règle du plus bas soumissionnaire conforme. Sans les investissements municipaux, cela représente un volume d’affaires de 9 milliards $ par année. Cette règle, motivée par un souci d’économie, se fait au détriment de la qualité des ouvrages ou des solutions et elle permet peu d’innovation puisqu’elle proscrit toute prise de risque estime le Conseil.

D’autres administrations dans le monde ont adopté des méthodes plus structurantes en se référant au concept d’approvisionnement «gouvernemental stratégique». Il permet de faire émerger des critères favorisant l’innovation, la relève et l’achat local.

Considérant que 80% des pays membres de l’OCDE prennent des mesures pour stimuler l’approvisionnement stratégique, le Conseil, avec sa sixième recommandation, propose d’implanter progressivement ce modèle en s’inspirant de celui en vigueur aux États-Unis. Ne serait ce pas une bonne idée pour attribuer des contrats de sylviculture, vendre du bois sur le libre marché et attribuer des contrats d’approvisionnement d’énergie ou de biomasse forestière?