Renald Bernier

Pourquoi investir en forêt privée!

6 Août. 2015

Comme le dit le dicton, ça prend plusieurs coups pour faire entrer un clou. J’en ai eu la confirmation la semaine dernière. En effet, le premier ministre du Québec Philippe Couillard a dévoilé sa stratégie maritime. Un plan de 40 milliards de dollars, dont 5 viendraient du privé. Un beau projet en soi et un potentiel de création de richesse intéressant à long terme.

Par contre, je n’ai pu m’empêcher de penser aux 11 millions d’investissements gouvernementaux perdus en forêt privée et les 2,2 millions investis par les producteurs privés. Des investissements dans une industrie importante pour les régions, qui a fait ses preuves et qui donne des résultats concrets et non des espérances de gains. Avec ce constat, je conclus qu’il est nécessaire (encore) d’expliquer aux décideurs pourquoi il est important pour l’État d’investir en forêt privée. Alors voici, l’État doit investir en forêt privée…

Parce que la forêt privée est un moteur de création de richesse important pour le Québec

En termes d’activités sylvicoles, la forêt privée génère, pour l’économie du Québec, des revenus de plus de 2,5 milliards de dollars et 25 000 emplois. Plus de 130 000 propriétaires se partagent le territoire forestier privé, possédant en moyenne 45 ha.

Parce que le bois de la forêt privée est nécessaire pour supporter l’industrie de la transformation

Les baisses de possibilité sur forêt publique (environ 35 % depuis les 9 dernières années) se feront rapidement sentir à mesure que la demande pour le bois d’oeuvre québécois augmentera. La forêt publique ne pourra pas continuer à approvisionner les usines québécoises. Il s’agit d’un manque à gagner important pour le Québec en termes d’impôt sur le revenu (corporations et employés), de redevances, de taxes sur le carburant, etc.

Parce que chaque mètre cube récolté en forêt privée coûte moins cher à l’État qu’en forêt publique

Actuellement, le financement des travaux sylvicoles par l’État en forêt publique, en fonction des mètres cubes récoltés, est nettement plus élevé qu’en forêt privée. En effet, pour la dernière année financière complétée, l’État a consenti un investissement sylvicole d’un peu plus de 11,25 $/m3 récolté, alors qu’il consacre un peu moins de 6,90 $/m3 en forêt privée.

Parce que cela permet une gestion durable de la ressource

En raison de la faible rentabilité des investissements sylvicoles pour les propriétaires, mais des importantes retombées économiques associées à l’aménagement forestier pour la société; la majorité des gouvernements des pays industrialisés soutiennent l’aménagement en forêt privée. Ce faisant, l’État permet aux producteurs de mettre en oeuvre un plan d’aménagement complet et structuré qui assurera la durabilité de la ressource et évitera les stratégies de pillage de lots.

Parce que l’État doit protéger ses investissements déjà consentis en forêt privée

L’État a investi près de deux milliards de dollars en travaux sylvicoles au cours des quarante dernières années. Nous devons nous assurer de protéger ces investissements et de les rendre à terme en réalisant les travaux sylvicoles nécessaires. Or, les investissements actuels ne couvrent qu’environ les 2/3 des besoins permettant d’assurer la réalisation des stratégies sylvicoles des propriétés sous aménagement.

Parce que la forêt privée offre un plus grand potentiel de rendement pour l’État

La forêt privée se situe plus au sud de la province. Par le fait même, elle dispose de meilleures conditions de croissance que la forêt publique. Tout investissement consenti sur un territoire plus productif engendrera inévitablement de plus grandes retombées. Cette affirmation ne vise nullement à diminuer l’importance de la forêt publique, mais plutôt à considérer les territoires forestiers privés comme des options à privilégier.

Parce qu’investir en forêt privée, c’est aussi investir dans les régions

Les investissements de l’État en forêt privée constituent des interventions très structurantes sur le plan régional puisqu’ils maintiennent une expertise, garantissent des emplois, augmentent les revenus des propriétaires ainsi que la valeur de leur forêt. À leur tour, tous ces éléments profitent au — trésor provincial — sous forme de transferts associés aux différentes taxes qu’ils génèrent. La plupart des pays industrialisés investissent dans leurs forêts privées afin d’accroître les effets structurants sur leur économie, particulièrement régionale.

En conclusion…

Les ressources renouvelables présentent un grand potentiel de croissance supplémentaire, moyennant des investissements relativement modestes par rapport aux bénéfices anticipés. Elles doivent donc rester sur l’écran radar du gouvernement québécois dans une optique d’amélioration des finances publiques à long terme.

Or, investir dans les sources de revenus à long terme apparaît beaucoup moins spectaculaire (voire populaire) que d’investir dans les services à court terme. En ce sens, nous devons souligner les efforts du ministre Lessard sur la fiscalité des producteurs.

Par contre, nous ne pouvons oublier le fait que le coût des services augmente annuellement et il peut sembler tentant, pendant certaines périodes, de leur transférer des sommes génératrices de revenus supplémentaires à long terme. Il s’agit, selon nous, d’une erreur importante que le Québec n’a pas les moyens de se permettre.