Jocelyn Lessard

Renforcer le modèle coopératif

25 Oct. 2012

Le congrès des coopératives canadiennes a constitué une occasion intéressante pour réfléchir à l’avenir des coopératives. Un conférencier passionnant m’inspire cet éditorial.

Le conférencier

Andrew Bibby, auteur et journaliste anglais, s’est beaucoup intéressé à la coopération en Angleterre et partout dans le monde. Sans être un coopérateur, il est un ami de la coopération avec un regard critique. L’Alliance coopérative internationale souhaite que la coopération soit le modèle d’organisation qui aura la plus forte croissance sur la planète jusqu’en 2020. Monsieur Bibby nous a proposé de mettre en oeuvre cinq actions pour favoriser cette croissance. Voici ses propositions, bien sûr avec mes commentaires.

Se vanter d’être des coopératives

Il est incapable de comprendre pourquoi certaines coopératives ont une réserve à s’identifier comme des coopératives. Si elles ne sont pas fières de leur modèle d’affaires, qui le sera à leur place ? Certaines coopératives s’identifient comme des coopératives, d’autres comme des entreprises. Il faut s’identifier comme des entreprises coopératives et faire connaître nos valeurs et ce qui nous distingue. Si les coopératives s’affichaient davantage, cela aurait un effet mobilisant pour les employés et membres, et à l’externe, pour ceux qui ne connaissent pas la coopération.

L’intercoopération

Les coopératives ne sont pas toutes au même stade de développement. Certaines sont dans des réseaux matures et très développés. D’autres sont encore désorganisées et même isolées. S’il y avait plus d’intercoopération au sein des secteurs et même entre les secteurs, c’est tout le mouvement coopératif qui gagnerait en crédibilité. Cela prouverait que les principes s’appliquent concrètement et que tout le monde à la foi dans les valeurs. Paradoxalement, pour donner un exemple, presque tous les pays bénéficient de la présence de coopératives financières assez bien développées alors que presque toutes les coopératives non financières ont des difficultés de financement et de capitalisation.

L’éthique des affaires

Tous les sondages le démontrent. Les citoyens sont excédés du manque d’éthique dans le monde des affaires. Le manque de transparence des entreprises, la prédominance accordée aux actionnaires au détriment des employés et des clients, les salaires scandaleusement élevés des dirigeants, le manque de respect de l’environnement, si cela affecte les profits, sont tous condamnés avec sévérité. Par leur nature, les coopératives pourraient offrir une alternative crédible. Il faudrait cependant renforcer les principes et toujours les appliquer.

Gouvernance

Que se passe-t-il quand la porte de la salle où se réunit le conseil d’administration est fermée? Qui le sait? Si le conseil d’administration ne joue pas son rôle convenablement, qui représente les membres dans l’entreprise coopérative? Il y a plusieurs façons de ne pas bien jouer son rôle d’administrateur, par exemple, en s’impliquant dans la gestion courante à la place de la direction ou en s’effaçant complètement devant la direction. Il y a des exemples très stimulants de gouvernance exemplaire dans certaines coopératives, mais monsieur Bibby nous a parlé de l’emprisonnement de trois présidents successifs dans une coopérative qui prouve que ce n’est pas toujours le cas. Il croit que les coopératives doivent absolument prendre les moyens pour renforcer cette dimension.

Participer à la globalisation

Les coopératives forestières ne pensent plus beaucoup à la mondialisation, mais plusieurs grands réseaux coopératifs sont en croissance et ils débordent de leurs frontières pour gagner de nouveaux marchés. C’est souvent nécessaire pour affronter à armes égales leurs concurrents. Il n’est cependant pas facile de le faire d’une manière coopérative. Est-ce que ce sont les capitaux des coopératives qui traversent les frontières pour acquérir des entreprises ou bien c’est la formule coopérative qui tisse des liens avec des membres à l’étranger? Cette question est complexe, mais il est fondamental, pour obtenir la croissance recherchée du modèle coopératif, de trouver des réponses coopératives.

La foi

Je sais que tout cela représente des défis importants, mais j’ai une grande confiance que le timing est excellent pour les coopératives. Les bases sont solides, il faut juste se donner la peine de renforcer notre modèle. Si le sujet vous intéresse, que vous soyez ou non d’accord avec moi, ou si vous avez d’autres suggestions, je vous invite sur le blogue du journal pour que nous en débattions.