Marc Beaudoin

Soupir…

21 Fév. 2013

Ce mois-ci, j’étais content. J’avais terminé mon éditorial bien en avance. Je parlais de la décision douteuse du MRN d’imposer sans discernement la norme ISO 14 001 pour la réalisation de travaux forestiers. Ce matin toutefois, c’est avec une amertume à peine contenue que je réécris mon éditorial. Règle générale, quand je suis dans cet état, je me permets une petite histoire sur mes enfants. Ça me met de bonne humeur. Ce matin je n’ai pas trop envie de les mêler à ça.

Le ministère des Ressources naturelles s’obstine à ne pas confirmer l’ensemble des budgets d’investissement sylvicole en forêt privée. On nous prépare à un recul potentiel jamais vu depuis plus de 30 ans. Le programme de base est maintenu, c’est bien. Aucun mot toutefois sur la reconduction du programme d’investissement sylvicole, le financement du programme de création d’emplois ni sur l’entente fédérale. Misère… La saison 2013 risque d’être celle où un gouvernement aura consenti le moins d’investissement en forêt privée depuis les années 80. Pourtant, tous les budgets sont au rendez-vous en forêt publique. Les entreprises sylvicoles y oeuvrant sont-elles plus importantes que celles en forêt privée? Car il est évident qu’une telle approche condamnerait plusieurs travailleurs, déjà aux prises avec les effets de la réforme de l’assurance chômage, à un sort bien pire. Avouez, c’est difficile d’être positif aujourd’hui.

Quoi comprendre?

J’avais pensé écrire un petit cours rapide sur la forêt privée, histoire de faire comprendre comment elle fonctionne. Avec ce manque de clarté dans les décisions, il est évident que j’aurais besoin de plus d’espace pour le faire. Essayons tout de même d’analyser la situation dans laquelle nous nous retrouvons…

Des entreprises engagées, mais un genou à terre

Tout d’abord, durant cette crise forestière qui n’en finit pas, les groupements forestiers du Québec ont toujours été un partenaire du gouvernement. Nous avons supporté les emplois dans nos communautés au détriment de la rentabilité. Nous avons supporté le prix du bois de nos producteurs afin de maintenir la capacité productive de la forêt privée. Nous avons travaillé à maintenir en région des entreprises de transformation le plus longtemps possible. Nous avons utilisé toutes nos réserves pour maintenir une cohésion dans les régions forestières. Nous n’en pouvons plus. Mais si vous nous questionnez, nous vous dirons que nous croyons que l’on peut encore contribuer! Wow!

Un gaspillage éhonté

De plus, le MRN nous a convié en mai 2011 à une grande réunion afin de redéfinir les balises qui permettront à la forêt privée de contribuer, de façon durable, au développement du Québec et de ses régions par la création de richesses économiques et de retombées sociales et environnementales. Mais tout cela peut-être pour rien. Deux ans et demi de travail, de tiraillement, pour arriver à des consensus qui risquent maintenant d’être à jeter aux ordures. La stabilité qui soutenait les décisions du Rendez-vous sur la forêt privée menace de laisser sa place à l’abandon et l’arbitraire.

Cohérence de principes?

En effet, le gouvernement du Québec entend maintenir les sommes destinées aux entreprises pour la réalisation de travaux en forêt publique. Mais peut-être pas en forêt privée! Et pourquoi pas en forêt privée? Nos entreprises ont-elles moins de valeur? Ce serait bien de se rappeler que la forêt privée est celles des zones les plus productives, qu’elle est près des usines et qu’elle sert de vitrine forestière pour tout le Québec. Ce qu’on apprend la première journée de cours de n’importe quel programme de foresterie. Alors comment peut-on trouver une logique à tout ça? Car n’oublions pas que pendant ce temps, on impose plus de 20M$ de frais aux entreprises pour obtenir un certificat ISO 14001, on négocie avec l’industrie de la transformation pour qu’elle reprenne des responsabilités que le MRN n’est pas capable de remplir et on crée de nouvelles structures pour mettre des travaux sylvicoles sur le marché. Le pire, c’est que l’on pourrait continuer longtemps. Plus j’analyse le tout, et plus je constate que la crise de l’implantation du nouveau régime forestier prend le pas sur la logique. Il s’agit de la seule explication cohérente. La situation qui se pointe au bout de notre nez ne peut être tenue, car illogique. On ne peut tout de même pas maintenir des structures et couper chez ceux qui créent de la richesse! Non, ce serait trop bête. Alors, on fait quoi?