Jocelyn Lessard

Un colloque pour mettre l’entrepreneuriat forestier sur la carte

6 Mai. 2019

Le 2 avril dernier, le Carrefour Forêts 2019 organisait un colloque sur l’entrepreneuriat forestier. C’était une vitrine exceptionnelle pour faire connaître ce segment de la foresterie québécoise. Le colloque remplaçait les ateliers organisés par le groupe de travail sur l’entrepreneuriat forestier en 2017 et 2018.

Maillon invisible

J’y ai présenté l’écosystème entrepreneurial de la foresterie québécoise. Il est riche de sa diversité. Il inclut des propriétaires d’équipements répartis dans une multitude de segments d’activités en forêt publique et privée, tant en récolte qu’en sylviculture. Cette segmentation, combinée à la dispersion dans le territoire et à l’absence de lien direct avec l’État font en sorte que ces entrepreneurs sont invisibles.

Entrepreneuriat forestier 360°

Sous l’animation du dynamique Martin Déry, les conférenciers se sont succédés. Ma présentation de l’écosystème a été suivie d’un tour du monde présenté par Luc LeBel. Elle a conduit à la proposition d’étalonner formellement la configuration québécoise avec le reste du monde. Deux jeunes, un nouvel entrepreneur et un gestionnaire d’un entrepreneur innovant, ont bien illustré la contribution de ces acteurs débrouillards de la chaîne de valeur. Le volet sur la formation a aussi été couvert par le CSMOAF et le directeur du nouveau Centre spécialisé en entrepreneuriat multi-ressources. FPInnovations a présenté ses outils d’évaluation et de formation pour les entrepreneurs.

Une conférence a été offerte par François Provost pour expliquer le processus et les contraintes que rencontre le MFFP pour effectuer la planification forestière. Il a bien rempli sa mission de nous aider à mieux comprendre les contraintes du système. Cela sera utile si nous voulons l’améliorer.

Le colloque s’est conclu par une table ronde et des échanges avec l’assistance. Cette discussion a été riche, mais quand même décousue. Le focus n’était pas net sur ce que nous cherchions. La séance a été quand même utile et révélatrice de grands écarts de perception.

Trouver le passage

Les entrepreneurs forestiers sont probablement les acteurs les plus vulnérables de la chaîne de valeur depuis la mise en œuvre du nouveau régime forestier, mais ils demeurent invisibles. La planification forestière constitue le maillon faible du processus de récolte. Le processus actuel est insuffisant pour que les entrepreneurs soient efficaces. Ce constat ne fait cependant pas l’unanimité. Deux réactions de l’assistance l’ont démontré.

Un entrepreneur forestier a déclaré qu’après avoir entendu la présentation sur la planification du MFFP il voulait vendre deux abatteuses. Il interprétait cette présentation comme un aveu d’impuissance. Dans ce système, l’État ne semble pas apte à régler les problèmes des entrepreneurs. La présentation ne faisait effectivement aucune référence à eux.

À l’autre bout du spectre, un représentant du MFFP dans la salle rejetait le blâme en affirmant que la planification ou le BMMB n’est pas responsable des problèmes. Ils originent plutôt de la faible acceptabilité sociale de notre foresterie. Depuis l’Erreur boréale, les Québécois ne font plus confiance aux forestiers et nous devons accepter de vivre avec un cadre extrêmement contraignant. Je le remercie d’ailleurs de l’avoir exprimé. Il fallait entendre ce point de vue.

Je réfute pourtant ces deux constats. Nous avons l’obligation d’améliorer le système et nous devons scruter chaque composante du fonctionnement pour en améliorer l’agilité. Ce colloque doit conduire à une transition.

Globalement, il me semble qu’un malaise s’installe dans la communauté forestière québécoise. Le fossé entre les gens du MFFP et tous les autres acteurs de la chaine s’approfondit. Ce malaise pourrait même accentuer la malheureuse division traditionnelle entre l’approvisionnement et l’aménagement forestier.

J’ai ressenti ce malaise en visitant le Carrefour Forêts 2019. Il s’agissait d’un étalement impressionnant de connaissances. Pourtant, l’ensemble m’apparaissait moins ouvert que les derniers carrefours de la recherche. Un peu comme si tout avait été préparé par, mais aussi surtout, pour les gens du MFFP. L’image projetée semblait aussi proche de la perfection, alors que ceux qui travaillent en forêt vivent des moments assez difficiles.

Il ne faut pas prendre cette configuration pour une fatalité. Les gens du MFFP travaillent fort pour définir la foresterie de demain. Pour que cela soit durable, la volonté de développer l’expertise devrait être accompagnée de celle d’associer l’ensemble des acteurs. L’industrie de l’aménagement forestier doit être un acteur, pas seulement un spectateur.