Claude Dupuis

Un nouveau régime qui tourne carré

27 Mai. 2013

Je profite habituellement de cette page pour vous parler de notre prochain congrès. Au moment d’écrire ces lignes, je dois plutôt vous entretenir des sujets préoccupants qui entourent l’arrivée du régime forestier.

L’échéance du 1er avril

Malgré nos inquiétudes, nous essayons depuis plusieurs mois d’adopter une attitude positive par rapport à l’arrivée du nouveau régime forestier. À quelques jours de faire le grand saut, il n’est pas facile de respecter cet engagement, même si nous avons toujours confiance dans l’avenir. Il est aussi possible d’espérer qu’au moment où vous lirez cet éditorial, une partie des problèmes sera résorbée.

Une saison sylvicole alarmante

Je vous ai déjà parlé de ce problème, mais les solutions n’ont pas encore été trouvées. Le principal problème est le manque de budget pour réaliser des travaux à un niveau comparable à celui de l’année dernière. Puisque la baisse est concentrée pour les travaux sylvicoles non commerciaux qui utilisent beaucoup de main-d’oeuvre, cela aura un impact négatif sur l’emploi. Il faut pourtant permettre aux ouvriers sylvicoles de revenir au travail en grand nombre ce printemps. Si, pour plusieurs raisons, il faut revoir les scénarios d’aménagement en réduisant le volume de débroussaillage, il faudra s’adapter. Il est collectivement suicidaire de défendre des façons de faire pour de mauvaises raisons. Nous devons cependant planifier la transition, pas l’improviser brutalement comme on nous le propose. La situation s’annonce aussi cahoteuse au niveau administratif. Il faudra signer des tonnes de contrats dans un court délai et planifier avec précision les travaux à réaliser. En période de transition, surtout lorsque la mécanique prend du retard, tout le monde devra mettre de l’eau dans son vin, redoubler d’efforts et faire preuve de tolérance. Il est aussi urgent de connaître les taux des traitements sylvicoles. Nous avons aussi besoin de connaître le plus tôt possible, et dans chaque région, l’offre de travaux sylvicoles qui sera proposée sur le libre marché.

Des responsabilités floues

Heureusement que la situation s’améliore dans le marché du bois d’oeuvre parce que, sinon, on pourrait être aussi inquiet pour la récolte. Il y a cependant des nuages de ce côté également. Le flou qui existe pour les responsabilités à répartir pour la planification forestière et la certification des territoires en aménagement forestier durable a de quoi susciter l’angoisse. Le MRN devait tout faire. En constatant ses limites, il souhaite maintenant restituer une partie de ses nouvelles responsabilités. L’industrie considère que la proposition n’est pas suffisamment complète pour lui permettre de jouer le rôle qu’on lui propose. Le MRN ne veut pas se rendre plus loin. La planification et la certification sont cruciales pour la réussite du régime. Autant il importe d’avoir une planification performante, autant la certification est indispensable pour vendre nos produits dans les marchés des pâtes et papiers. Est-ce que tout va bien se passer en forêt dans ce contexte ? Même les exigences en matière de certification ISO 14001 sont floues. Pour l’instant, tel que nous le souhaitons, l’obligation pour les travaux sylvicoles et la récolte est maintenue. Cependant, on laisse planer la possibilité que cette exigence sera revue. Cette diminution des exigences potentielles à ce momentci est révoltante, mais le pire demeure l’incertitude.

Le moment d’organiser un Sommet?

Cela fait un peu rigoler quand on évoque l’intérêt d’organiser un sommet sur la forêt. Le gouvernement en place semble attaché à cette formule qui permet parfois de gagner du temps. Pourtant, il semble évident que les acteurs du secteur forestier sont loin d’avoir une vision commune. Nous n’imaginons pas comment il sera possible de réussir le virage que nécessite ce nouveau régime sans la mobilisation que suscite une vision partagée qui porte sur le long terme. Le MRN a une tâche colossale à effectuer. Plutôt que de s’isoler, de prendre du retard et de négocier à la pièce en fonction des événements, il devrait s’ouvrir. En partageant sa vision et en la confrontant à celle des autres acteurs, il ne remettrait pas forcément tout en question. Il se donnerait plutôt la chance de mettre à contribution les forces de tous les acteurs. Au point où nous en sommes, les coopératives pensent que ce serait loin d’être une perte de temps.