Jocelyn Lessard

Un pur moment d’émerveillement

6 Sep. 2018

Je croyais avoir perdu ma capacité d’émerveillement. J’avais tort; la présentation de la cartographie des activités liées au reboisement a provoqué ce sentiment.

ÊTRE CONNECTÉ

Je le précise pour être certain d’être compris. Je suis conscient que la saison d’opération 2018 est encore une fois difficile sur le terrain. Les coopératives sont aux prises avec des planifications déficientes, une température trop froide ce printemps, trop chaude cet été, des interruptions de travaux liées aux risques de feux de forêt et parfois même des incendies, une épidémie de tordeuses, des plants qui ne sortent pas, une pénurie de main-d’œuvre et de machines, etc. Bref, je me doute que je devrais me retenir avec mon histoire d’émerveillement dans un bureau à Québec, mais j’ai besoin de partager mon expérience avec vous chers lecteurs.

CARTOGRAPHIE DES ACTIVITÉS LIÉES AU REBOISEMENT

C’est un projet réalisé par la Fédération cette année. Le besoin est apparu en constatant qu’une proportion croissante des plants forestiers sortaient des pépinières avec un délai préoccupant. Les problèmes se trouvaient en pépinière ou sur les sites de reboisement qui n’étaient pas prêts ou les travailleurs non disponibles. Il s’agissait de symptômes d’un disfonctionnement potentiel.

Afin de comprendre les processus, d’acquérir une vision globale et d’identifier les contraintes, la FQCF a embauché Annie Gosselin, qui finissait son doctorat en génie du bois, pour effectuer la cartographie. La FQCF a bénéficié du soutien de FORAC, provenant particulièrement de Nadia Lehoux et de Luc LeBel, qui combinaient leurs expertises en génie industriel et forestier.

Madame Gosselin a rencontré une multitude d’acteurs. Elle les a questionnés sur leurs responsabilités. Elle a validé avec eux sa compréhension. Elle a ensuite méthodiquement et progressivement tracé la carte en positionnant les activités et en les reliant. À chaque fois qu’un écart était constaté, c’est-à-dire que certaines activités pouvaient induire des effets imprévisibles plus loin dans la chaîne des activités, ils ont été mis en relief sur la carte.

Le résultat est dense et formidable. Cela prend une feuille immense pour que les activités soient lisibles. La carte permet de raconter l’histoire de tout ce qui influence notre capacité de reboiser. Elle débute par la planification stratégique et le calcul de la possibilité. Elle trace ensuite deux cheminements, l’un décrit les activités de récolte et de remise en production et l’autre la récolte de semences et la production des plants. Les deux routes se rejoignent au moment du reboisement. La cartographie identifie huit directions différentes du MFFP et une multitude d’acteurs privés.

ÉMERVEILLEMENT?

La cartographie permet pour la première fois d’avoir une vision d’ensemble. C’est en écoutant Annie raconter l’histoire que mon émerveillement s’est manifesté. J’avais contribué au travail, en établissant même les balises, mais le fait d’écouter l’histoire complète m’a permis de saisir la fabuleuse richesse de notre foresterie.

L’immensité de notre territoire, l’effet du temps et le rapport constant avec la nature, en manipulant du matériel vivant, engendrent une complexité extrême, mais tout se tient. Certes, il est possible de faire mieux, mais chacune des personnes qui fait partie de la chaîne d’activités a développé une expertise pointue et elle contribue à la réussite globale.

Chacun des artisans apporte une pierre à l’édifice et le résultat est une cathédrale. J’ai ressenti une humble fierté en comprenant l’ampleur des interactions nécessaires pour que le système fonctionne. Personne ne voit l’ensemble, mais pratiquement tous ceux qui lisent le journal en font partie. Je suis fier de vous et de cette performance durable. Nos forêts évoluent et nous en prenons soin avec une multitude d’actions complémentaires.

DU TRAVAIL SUR LA PLANCHE

Mon émerveillement s’est estompé, mais pas mon enthousiasme pour la carte. Il est, bien sûr, préoccupant de constater qu’il existe autant d’écarts. Elles expliquent certaines des difficultés vécues par les coopératives sur le terrain. Une partie des difficultés sont liées au manque de communication entre les instances. Il y a un boulot de perfectionnement à entreprendre. Le MFFP pilote la majorité des processus et il a accueilli positivement la démarche. Il travaillait déjà d’ailleurs sur l’amélioration de plusieurs composantes. La grande contribution de la cartographie est de procurer la vision d’ensemble. Le matériel contenu dans la carte peut servir de support à de nombreuses démarches d’optimisation. Les coopératives, idéalement avec FORAC, espèrent y être associées.