Jocelyn Lessard

Un Sommet en altitude

12 Déc. 2012

J’ai eu, par le passé, le privilège de participer à des événements internationaux dans le secteur forestier ou coopératif, mais le Sommet international des coopératives a constitué pour moi un summum à plusieurs égards.

Une très grande fierté

L’ampleur de l’événement a suscité chez les participants une grande fierté de faire partie du Mouvement. Les coopératives travaillent souvent dans l’ombre, mais le Sommet a mis en lumière l’importance qu’elles occupent dans l’économie mondiale et dans la vie d’un milliard de personnes. Des conférenciers de grande notoriété ont accepté d’être associés à l’événement. Ils ont témoigné de l’importance de la contribution de la coopération au développement des pays et des personnes. Pour plusieurs, les coopératives devront croître pour contrebalancer les effets parfois dévastateurs du capitalisme. Je suis reconnaissant à l’endroit des organisateurs pour l’occasion qu’ils nous ont donnée, soit l’Alliance coopérative internationale, l’Université Saint-Mary’s et le Mouvement Desjardins. J’insiste pour souligner l’immense contribution de Monique Leroux, la pdg de Desjardins, pour avoir porté ce projet par ses convictions. Deux grands courants Le Sommet a permis de cerner plusieurs consensus, notamment l’importance déterminante de la gouvernance au sein des coopératives et la nécessité de structurer davantage les représentations politiques. Deux courants de nature plus idéologique étaient aussi perceptibles. La zone de fracture se situe dans le rapport des coopératives avec le capital. Les grandes coopératives veulent poursuivre leur croissance en misant sur la mondialisation. À une autre échelle, des coopératives veulent se positionner comme une alternative au capitalisme en misant sur les valeurs de la coopération pour améliorer le partage des richesses. Il est clair que la croissance globale de l’économie mondiale se situera au cours des prochaines décennies dans les pays en développement. Si les coopératives veulent maintenir leur compétitivité dans leur marché domestique, elles devront être présentes à l’étranger pour lutter partout contre les compagnies multinationales. Ces coopératives devront trouver des solutions pour obtenir le capital suffisant pour supporter cette croissance. Cela implique probablement des compromis avec le capitalisme. Est-ce possible de soutenir cette croissance de manière coopérative ? Est-il possible d’exporter la coopération dans de nouveaux marchés plutôt que d’exporter le capital des coopératives à l’étranger ? Est-ce que les grandes coopératives veulent plus de membres ou plus de clients ? Comme l’a bien expliqué Felice Scalvini, le capital pour les coopératives, est comme l’eau pour les plantes. Certaines plantes, comme les mangroves, ont besoin d’être submergées pour se développer alors que d’autres, comme les cactus, s’épanouissent dans le désert. Plusieurs coopératives naissent sans capital. En fait, si les promoteurs de projet coopératif avaient du capital au départ, ils démarreraient probablement leur entreprise sous une autre forme qu’une coopérative. Il ne faut donc pas limiter nos réflexions au besoin de capital pour supporter la croissance des coopératives. Les militants pour que la coopération devienne une alternative au capitalisme s’appuient sur l’urgence écologique et sur les fléaux des inégalités sociales planétaires. Voyant les effets pervers du capitalisme, ils veulent absolument que les coopératives évitent de devenir des capitalistes coopératifs. Ils veulent plutôt utiliser la force de la coopération pour repenser l’économie.

Des passerelles nécessaires

La dernière chose dont le mouvement coopératif a besoin est une scission idéologique entre les tenants de visions différentes du développement des coopératives. Il faut chercher les passerelles qui permettront au mouvement coopératif de prendre de plus en plus de place dans l’économie mondiale. Il ne faut surtout pas se contenter d’un espace marginal. Il faut viser la croissance du Mouvement, pas forcément celle des coopératives individuelles, tout en ne faisant aucun compromis pour les principes et les valeurs coopératifs universels. L’Alliance coopérative internationale s’est dotée d’un plan d’action pour que le modèle d’affaires coopératif soit celui qui connaîtra la plus grande croissance dans l’économie planétaire des dix prochaines années. Pour y parvenir, les deux courants devront converger. Il faut trouver un moyen coopératif pour participer à la mondialisation et il faut que les coopératives contribuent à un monde meilleur pour tous les humains. Si le sujet vous intéresse, inscrivez-vous à notre prochain congrès pendant lequel nous allons approfondir cette réflexion, tant pour ressentir la fierté de faire partie du mouvement coopératif planétaire que pour contribuer à construire des passerelles entre les deux visions.