Alain Paradis

Un sommet régional qui laisse sur sa faim

6 Août. 2015

Le 18 juin dernier, se tenait à Alma le Sommet économique régional 2015. Une démarche attendue pour une région qui tente de retrouver son souffle.

Un événement ambitieux qui suscite beaucoup d’attentes

Comme plusieurs autres régions qui dépendent des ressources naturelles, le Saguenay-Lac-Saint-Jean a connu des difficultés au cours des dernières années. Le modèle des grandes entreprises qui font vivre la région semble s’épuiser. Le secteur de la forêt et celui de l’aluminium ont perdu de nombreux emplois. Tous les acteurs de la région étaient enthousiastes à l’idée de tenir un grand brassage d’idées pour retrouver leur dynamisme.

La région compte des forces exceptionnelles qu’il faut combiner pour atteindre de meilleurs résultats. Le Sommet devait être l’occasion de réunir les leaders régionaux afin de coordonner leurs efforts pour développer l’économie et favoriser la création d’emplois et un environnement d’affaires stable et compétitif. L’implication directe du premier ministre, issu de la région, donnait à cette démarche une impulsion prometteuse. Le mandat de mobiliser et de consulter le milieu a été confié à M. Serge Simard, député de Dubuc et adjoint parlementaire au premier ministre pour la région. Il a été épaulé par un comité aviseur ainsi que par la conférence administrative régionale.

Six rencontres de consultation territoriale ont été menées avant le Sommet. Plusieurs des organisations régionales ont produit des mémoires afin d’avancer des propositions susceptibles de contribuer à atteindre les objectifs. Les coopératives forestières ont fait leurs devoirs en faisant valoir les forces de la région, dont une main-d’oeuvre forestière compétente et engagée, la présence de plusieurs pépinières et le potentiel d’intensification de la sylviculture.

La disponibilité de la biomasse forestière a aussi été soulignée. Fort de tout cela, vous comprenez que les attentes de la région étaient au plafond.

Le Sommet, un processus un peu frustrant

Les coopératives forestières étaient heureuses d’être autour de la grande table pour avoir l’occasion de rencontrer les leaders de la région. Elles comprenaient aussi la frustration de ceux qui n’avaient pas eu cette chance. Les organisateurs avaient bien travaillé. Le cahier de participation présentait les fruits de la récolte d’idées. Pour le secteur forestier, à tout le moins, la synthèse proposée des constats sur les atouts, les leviers et les défis de développement était pertinente.

La table semblait mise pour une mobilisation autour de projets stimulants en collaboration avec les forces vives du milieu. L’enthousiasme s’est cependant dégonflé. Avec comme seule question : «Sommes-nous d’accord pour appuyer la démarche amorcée par des intervenants de l’industrie concernant la création d’un fonds d’investissement visant à soutenir les projets innovants en 2e et en 3e transformations ?» l’entonnoir rétrécissait beaucoup. En deux minutes accordées pour réagir, il était impossible de faire ressortir d’autres consensus.

Bien sûr que nous sommes d’accord avec cette proposition qui ressort souvent pour sauver l’industrie forestière. Mais encore ? Notre accord unanime portait aussi sur le fait qu’il faut s’assurer, avant tout, de mettre en place les conditions gagnantes pour assurer une première transformation en santé!

D’autres voies?

Je ne veux surtout pas politiser mon analyse. La dernière chose dont notre région a besoin est un stérile débat partisan. Cette nuance importante ayant été faite, il me semble qu’en termes de processus, le Rendez- vous national sur la forêt québécoise nous avait donné un plus grand élan. Couvrir tous les secteurs dans un même événement ouvre de plus grandes perspectives de synergie, mais aussi une bien plus grande complexité.

J’ai l’impression que notre potentiel de convergence n’a pas été bien exploité, probablement par manque de temps. Le leadership est également très important. Pendant le Rendez-vous, le ton était très affirmatif et la volonté de changer des choses en profondeur était plus palpable. Finalement, l’annonce précédant le Sommet de la démarche de trois ministres qui se pencheront pour analyseront la situation du coût de la fibre aura, je l’espère, une plus grande portée que le Sommet. Ce qui est sûr, c’est que notre secteur et notre région ont besoin de retrouver un plus grand dynamisme. Le Sommet régional a au moins permis de nous rappeler que nous avons des atouts importants et que nous voulons des changements. À nous de trouver les moyens de les obtenir.