Marc Beaudoin

Une belle expérience

12 Juin. 2017

Un peu avant les Fêtes, un de mes administrateurs m’apostrophe :« Tu t’en viens à Rouyn au mois de mai !» Un peu surpris, surtout inquiet, je place cela dans mon agenda. Au début d’avril, un employé de l’Association forestière de l’Abitibi-Témiscamingue m’appelle :« Êtes-vous prêt » me demande-t-il. Un peu embêté je lui réponds : « À quoi au juste ?»

Il m’apprend alors que l’association forestière organise sa journée des ressources naturelles sous le thème de la forêt privée et que je devais faire une présentation. Quelle révélation ! Je sais que je ne suis pas en porte à faux avec mon administrateur et je sais maintenant ce que l’on attend de moi. En plus, je parlerai de forêt privée dans une régions fortement de tenure publique. Tout se place !

Pourtant je ne peux que m’enchanter du chemin parcouru. En effet, à mes débuts chez RESAM il y a onze ans, la forêt privée était plus considérée comme un problème. On concevait des politiques pour la forêt publique et on ajoutait quelques lignes pour la forêt privée par la suite.

L’attitude a commencé à changer depuis un certain temps. On perçoit que la forêt privée est passée de problème à solutions notamment pour diminuer l’impact de la baisse de la possibilité forestière en forêt publique. Maintenant, pour qu’une région où la forêt publique est si importante s’intéresse aussi à la forêt privée, c’est que les mentalités ont réellement changé.

LES IMPACTS D’UN FINANCEMENT ADÉQUAT

Donc voilà, on s’entend sur le thème de ma conférence. On parlera des impacts bénéfiques d’un financement adéquat. Par contre je jongle longtemps sur le titre. Doit-on parler des agences, des partenaires, des groupements forestiers ou je ne sais quoi ? Après mûre réflexion, j’en viens à décider. Ce qui a réellement changé, c’est que l’on a compris que la forêt privée peut réellement être un centre de création de richesse. Le titre sera donc : «Les impacts d’un financement adéquat de la sylviculture en forêt privée. »

En effet, les structures appuient la création de richesse et non l’inverse… En fait, dans la vie, on doit toujours faire face au fameux dilemme des « besoins illimités versus les ressources limitées ». La forêt privée n’y échappe pas. On ne peut pas tout faire et des choix doivent s’imposer.

Par contre, lorsque l’écart est trop grand, le compromis devient trop lourd et nous éloigne de l’objectif de création de richesse. Actuellement, il y a de bons signes en forêt privée. Des signes qui montrent que l’État désire réellement s’y investir. Le budget de mobilisation des bois ainsi que celui pour la lutte à la tordeuse des bourgeons de l’épinette. Il reste du chemin à faire mais nous sommes sur la bonne voie. Qui plus est, il y a des avantages importants à financer la sylviculture en forêt privée, en voici quelques-uns.

AUGMENTATION DE LA VALEUR DU PRODUIT

Lorsque l’on intervient tôt dans un peuplement, il est évident que nous disposons de plus d’options. En réalisant les travaux au bon moment, nous sommes en mesure de non seulement augmenter le volume de bois mais surtout d’améliorer la qualité des tiges, notamment en dégageant les bonnes dès le départ. Ce faisant, nous augmenterons la richesse produite sur la même superficie.

DIMINUTION DES COÛTS

L’expérience démontre que faire les travaux au bon moment diminue généralement les coûts significativement. À titre d’exemple, faire une remise en production après coupe est beaucoup plus facile après l’intervention que lorsque qu’il y a de la broussaille de 15 ans sur le territoire.

Qui plus est, un financement adéquat donnera de la prévisibilité aux entreprises. Ainsi elles seront non seulement plus efficaces dans leur planification mais elles pourront planifier l’achat d’équipement plus performant.

Finalement, la possibilité de réaliser la recette sylvicole complète chez les propriétaires engagés permettra une augmentation de la disponibilité de bois en forêt privée. Cette augmentation sera le fait d’une sylviculture complète ainsi que l’aménagement de l’ensemble des superficies productives.

ON NE PEUT FAIRE CELA TOUT SEUL

Comment y arriver, me direz-vous. Évidemment on peut mettre tout cela sur les épaules de l’État. Toutefois, le succès sera le fait d’un travail de l’ensemble des partenaires de la forêt privée. À titre d’exemple, les partenaires de la forêt privée de l’Abitibi-Témiscamingue ont décidé de prendre les moyens afin de diriger plus d’argent sur le terrain en responsabilisant les professionnels forestiers.

Les acteurs doivent viser un objectif commun et travailler en ce sens. Ils doivent agir en « partenaires » et obtenir des résultats. Une région fortement occupée par la forêt publique a déjà fait des pas dans la bonne direction et peut certainement servir d’exemple.