Jocelyn Lessard

Une occasion d’améliorer la grille des taux

29 Mar. 2017

Au moment d’écrire ces lignes, la FQCF attend la réaction du MFFP à ses propositions d’ajustement au projet de grille des taux des travaux sylvicoles de forêt publique 2017-2018.

UNE OCCASION À SAISIR

Le Québec s’est doté d’un système ambitieux pour mettre en valeur ses immenses forêts publiques. À force d’avoir le nez collé sur les arbres, nous ne voyons plus la forêt, mais notre système sylvicole est impressionnant.

Depuis la mise en place du nouveau régime forestier, l’État confie les contrats de sylviculture pour mettre en valeur sa forêt. Dans cette configuration, c’est normalement automatique. Le gouvernement va en appel d’offres. Pourtant, ce n’est pas le système qui a été mis en place. Au moment de la transition entre les régimes, faisant preuve d’une maturité exceptionnelle et d’une bonne compréhension des enjeux, le MFFP a mis en place un autre système.

Il a reconnu l’historique des entreprises sylvicoles qui détenaient plusieurs décennies d’expertise à réaliser ces travaux. Il a tenu compte de la productivité très élevée liée au fait que les travailleurs sont payés à forfait. Il a aussi réalisé que ces entreprises expérimentées relèvent des défis énormes pour convaincre leurs travailleurs d’affronter quotidiennement les aléas de la nature tout en vivant dans des campements forestiers, loin de leur famille. Ils respectent des instructions techniques sévères sans pouvoir diminuer leurs cadences.

Bref, il ne fallait pas compromettre la viabilité d’un système performant, notamment en s’assurant de préserver l’équilibre des conditions de travail. Le MFFP a donc choisi un mode mixte d’octroi de contrats. Il confie 75% du budget historique aux entreprises pour cinq ans. Le reste va en appels d’offres.

Ce modèle implique une très grande transparence quand vient le moment d’établir la valeur des travaux octroyés sans appel d’offres. C’est d’ailleurs pour cette raison que le MFFP a demandé au BMMB d’établir d’une manière rigoureuse la grille des taux.

Les ressources du BMMB ne sont pas illimitées. Il n’arrive pas à réviser la grille en profondeur à chaque année. Puisque nous sommes à la fin de la première période quinquennale de travaux et que nous avons en main la toute récente enquête sur les coûts de la sylviculture, il faut absolument profiter de cette fenêtre exceptionnelle pour procéder à des ajustements.

L’ENQUÊTE SUR LES COÛTS DE LA SYLVICULTURE

J’aimerais discourir longuement des robustes résultats de l’enquête, mais je vais rester centré sur le sujet de la grille des taux. Ces résultats permettent de mesurer la marge de rentabilité globale des entreprises, des familles de traitements et des traitements.

Elle nous apprend que la marge globale, en dessous de 4%, a diminué depuis la dernière enquête et que près de 30% des entreprises étaient déficitaires pour la période concernée.

Considérant les risques et les caractéristiques de cette industrie, notamment la certitude que les travailleurs fournissent un effort maximal et la difficulté de pérenniser les équipes techniques saisonnières, cette marge est insuffisante pour assurer le développement de l’industrie à long terme.

LA GRILLE DES TAUX 2017-2018

La proposition initiale du BMMB soumise à la consultation permet heureusement de corriger des lacunes anciennes, notamment pour les taux des activités techniques et l’ajustement de traitements particuliers, comme celui du nettoiement.

Par contre, à travers une démarche méticuleuse, le BMMB a fait des choix méthodologiques qui mériteraient d’être revus pour s’assurer de préserver la vitalité de l’industrie. Le plus important est l’établissement d’un taux moyen pour couvrir les frais d’hébergement.

L’abandon de la compensation pour le transport collectif et l’élimination de celle qui couvrait les frais de certification devraient aussi être repensés. D’autres éléments devraient aussi être scrutés, comme la mise en commun des activités de débroussaillage avec celles du reboisement pour niveler les marges de bénéfice.

À travers toute cette démarche, le plus important est que le ministre Luc Blanchette s’assure de préserver la vitalité du système sylvicole et l’équilibre des conditions de travail. Le BMMB a fait un travail formidable, le ministre a en main tout ce qu’il faut pour améliorer les taux et bonifier la marge bénéficiaire de l’industrie. Il a aussi ce qu’il faut pour démontrer aux Québécois qu’ils doivent être fiers de notre capacité de mettre en valeur nos forêts.