Marc Beaudoin

Une piastre, ça vaut une piastre

27 Mai. 2013

Je devais avoir 7 ou 8 ans. J’étais avec mon père. On allait faire des commissions au Woolworth. Ce jour-là, en entrant, je vois l’objet de convoitise absolu, un bâton de gardien de but. Il valait 7$, je m’en rappelle. Comme tout bon enfant, ma réaction fut : «Papa, peux-tu me l’acheter?»

Mon père m’a informé qu’il n’avait pas l’argent pour me payer ce bâton. Du même souffle, il m’a fait remarquer qu’il me donnait une allocation de 1$ par semaine (ça en dit long sur mon âge) et que si je ne le gaspillais pas, je pourrais m’acheter le bâton d’ici quelques semaines. Dès ce moment, j’ai scrupuleusement gardé mon dollar en évitant de succomber aux bonbons du dépanneur ou aux cartes de hockey. Juste avant Noël, j’ai enfin pu acheter mon bâton. Cet épisode m’a appris que peu importe que la piastre vienne d’en haut ou d’en bas, ça vaut une piastre.

Vous me voyez venir

La situation actuelle des finances publiques nous fait craindre des diminutions budgétaires. Ces diminutions pourraient mettre la structure de la forêt privée en danger et miner l’apport de notre secteur à la reprise des marchés de bois. L’État doit continuer d’investir en forêt privée, c’est certain! Toutefois, il faut plus que jamais réaliser des économies. Nous n’avons plus le droit d’être inefficaces. Concentrons- nous sur ce qui est important et laissons faire ce qui ne l’est pas, mais surtout, trouvons l’acteur qui sera le plus efficace.

Des exemples

Plusieurs comités se sont penchés sur cette question. Peu de leurs recommandations ont été appliquées. Voici quelques exemples :

Le statut de producteur forestier

La gestion du statut de producteur doit être réformée. Le fonctionnement actuel nécessite un échange d’information aussi imposant qu’inutile. Ce faisant, les délais s’accumulent. Plusieurs scénarios alternatifs ont été proposés. Ceux-ci ne faisaient pas tous l’unanimité, mais tous s’étaient mis d’accord sur la nécessité d’harmoniser la durée du statut avec celle du plan d’aménagement et d’éliminer le formulaire de demande d’enregistrement. Deux mesures faciles d’application qui auraient fait sauver plusieurs dollars aux groupements forestiers. Malheureusement, rien de fait jusqu’à présent.

La multiplication des structures

Dans les années 80, le groupement forestier intervenait avec le MRN, le syndicat de producteurs de bois et le propriétaire. Avec la multiplication des structures, il doit maintenant interagir avec plus d’une quinzaine d’intervenants (MRC, municipalité, agence, CPTAQ, etc.). Ces organisations sont toutes animées de bonnes intentions. Le problème réside dans l’incapacité de reconnaître le travail d’autrui. Le conseiller doit reprendre ad nauseam les mêmes démonstrations, structure après structure, jour après jour. Par ailleurs, l’augmentation du nombre de structures accroît les risques de conflits entre elles. La plupart du temps, le propriétaire se retrouve au coeur de guerres de pouvoir qui alourdissent son fardeau. Rien pour gagner en efficacité…

La reconnaissance d’une délégation

Le propriétaire de lot boisé a changé. L’aménagement de son lot n’est qu’une partie de ses activités, c’est pourquoi, il apprécie de plus en plus les services «clé en main». Ce type de service demande la reconnaissance de la délégation de pouvoir du propriétaire vers son groupement forestier. Dans la mesure où le propriétaire accepte volontairement de déléguer une partie de son pouvoir, le groupement forestier pourrait répondre à de nombreuses questions d’ordre technique en son nom et ainsi gagner en efficacité. On sauverait beaucoup de temps et d’efforts inutiles.

L’absence de reconnaissance professionnelle

Il faut trouver un moyen de valoriser l’expertise professionnelle de nos ingénieurs forestiers. La reconnaissance professionnelle s’exerce à «niveau variable» d’une région à l’autre. Mais poussée à fond, elle permettrait non seulement de minimiser la vérification opérationnelle, mais aussi de diminuer les contraintes administratives superflues.

En guise de conclusion

Ce ne sont que quelques exemples, il en reste tant d’autres. L’heure est à chercher toutes les parcelles d’efficacité possible et si l’État veut être sérieux dans sa rationalisation des budgets, il est essentiel de revoir le rôle de chacune des structures afin d’évaluer leurs compétences stratégiques et trouver le meilleur moyen de faire de la forêt privée, le fer de lance de la reprise du secteur forestier.