Alain Demers

L’étonnante expansion du dindon sauvage

7 Avr. 2014

À peu près absent dans nos forêts il y a une trentaine d’années, le dindon sauvage est maintenant abondant dans le sud du Québec, en plus de se répandre graduellement un peu plus au nord. Si bien qu’on en pratique maintenant la chasse, comme aux États-Unis où c’est une tradition.

Faisons un portrait de l’évolution des populations et ce qu’il faut savoir pour chasser cet oiseau qui n’est pas si bête qu’il en a l’air…

Chasse et cours obligatoire

En mai dernier, à la sixième saison de chasse au Québec, un peu plus de 8000 chasseurs ont réussi à abattre près de 3000 dindons dont une majorité de mâles adultes. Même si on a le droit de chasser avec une arbalète, un arc ou une arme à chargement par la bouche, presque tous ces oiseaux ont été tués avec un fusil, ce qui rend le défi plus réalisable. D’ailleurs, on ne s’improvise pas chasseur de dindon. Pour obtenir un permis du gouvernement provincial, il faut suivre un cours d’une durée de six heures. Le nom du cours obligatoire, Biologie, chasse et aménagement du dindon sauvage au Québec, en dit long sur les connaissances qu’il faut acquérir avant de traquer ce gibier encore nouveau chez nous. La formation est donnée par Sécurité Nature, la filiale éducative de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs. On peut suivre le cours au cours des prochaines semaines en fonction de la chasse au printemps (fin avril et mai), soit avec un instructeur dans plusieurs régions du Québec, soit en ligne. Le coût est de 66$.

Introduction en forêt

Au cours des 10 dernières années, la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, assistée par une équipe de bénévoles, a contribué à l’expansion du dindon avec son programme d’introduction et de relocalisation. Le projet a pris fin l’an dernier. Au début, une cinquantaine de dindons en provenance de l’Ontario ont été introduits. Au fil des années, leur expansion naturelle, appuyée par les lâchers de dindons, a fait en sorte que ces oiseaux sont devenus abondants dans certains secteurs du sud et de l’ouest du Québec. Il devenait alors possible d’en capturer un certain nombre pour les relâcher dans des régions où l’espèce était à peu près absente. L’an dernier, par exemple, plus de 200 dindons ont été capturés en Outaouais pour être relocalisés dans le Centredu-Québec et la Mauricie. Ne soyez donc pas surpris si vous voyez des dindons à Saint- Thomas-de-Caxton ou à Notre- Dame-du-Mont-Carmel. Au cours des 10 années du programme, c’est plus de 700 individus qui ont été capturés et relocalisés. Ces opérations de relocalisation ont été rendues possibles grâce à une somme prélevée à même le coût des cours.

D’où vient-il ?

Au Québec, les premiers dindons aperçus dans le sud de la Montérégie provenaient vraisemblablement de l’expansion des populations américaines limitrophes, suite à un programme de réintroduction intensif mené depuis plus de 50 ans. Devenu rare aux États-Unis au début du XXe siècle, cet oiseau gibier atteint maintenant une population totale de cinq millions d’individus. En Outaouais, plusieurs dindons sont arrivés de l’Ontario. Dans les années 80, cette province a bénéficié d’un programme de réintroduction de dindons sauvages originaires des États-Unis. Disparue au début du XXe siècle, l’espèce regroupe aujourd’hui, toujours en Ontario, une population de plus de 50 000 individus. En Outaouais, il y a aussi eu des lâchers de dindons, initiés par la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs.

Un peu d’histoire

Le dindon sauvage est une espèce propre à l’Amérique du Nord, ce qui lui a valu l’appellation de «coq d’Inde» par Christophe-Colomb, alors que ce dernier croyait avoir découvert les Indes occidentales. Le dindon domestique, qui nous est plus familier, serait issu de spécimens sauvages domestiqués par les autochtones, il y a de cela 1000 ans. Un document du chercheur MICHEL ROBERT produit dans les années 80 nous en apprend davantage sur l’évolution des populations. Ainsi, on estime qu’au moins 10 millions de dindons habitaient les États‑Unis avant l’arrivée des explorateurs européens. À cette époque, le dindon sauvage se rencontrait dans une quarantaine d’États américains et dans le sud de l’Ontario. Suite à la colonisation, les populations de ce gibier ailé ont chuté rapidement. En 1941, le dindon sauvage occupait seulement 28 % de son aire de distribution d’antan.

Un succès de gestion

Trois décennies plus tard, s’est produit un virage spectaculaire. La croissance s’est poursuivie, à un point tel qu’en 1986, dans une trentaine d’États, la population totale passait le cap des deux millions. L’expansion n’a pas cessé depuis. On attribue le retour du dindon sauvage en Amérique du Nord aux nombreux programmes de réintroduction de l’espèce. Bref, en matière de gestion de la faune, c’est un énorme succès. Un succès qu’on attribue, en bonne partie, à des lâchers d’oiseaux sauvages et non élevés en captivité.

Tout un gibier!

Doté d’une ruse légendaire, le dindon est tout un gibier. Je connais bien des chasseurs qui pour le défi, aiment mieux chasser le dindon que le chevreuil. C’est tout dire. Même si l’abondance de la neige demeure un facteur limitant pour la progression du dindon vers le nord, son expansion a de quoi nous étonner. Personne ne s’en plaindra. Un retentissant glou-glou dans la forêt peut faire frémir d’excitation même les chasseurs les plus expérimentés.