Renald Bernier

Un peu de rigueur svp!

23 Oct. 2014

Peut-être que vous ne le savez pas, mais j’ai commencé ma carrière comme professeur d’économie au CÉGEP. Je dois admettre que j’ai eu beaucoup de plaisir à faire ce travail. Par contre, je n’ai jamais réussi à accepter le manque de rigueur de certains élèves, et cela m’a suivi toute ma vie.

Le rapport sur l’efficacité des mesures en forêt privée

J’ai pris connaissance du rapport de monsieur MICHEL BELLEY dès sa sortie. Honnêtement, j’ai été très déçu. Pas nécessairement par les conclusions, mais surtout par le manque de rigueur de ce travail. J’avais l’impression de lire «le devoir» d’un étudiant qui n’avait pas mis les efforts suffisants. Le travail que nous avons entre les mains n’est tout simplement pas à la hauteur de la commande.

Des recommandations à tout vent

Le chantier sur l’efficacité des mesures en forêt privée était important afin de revoir le fonctionnement des agences. Il fallait trouver des moyens de générer des économies qui pourraient être réinvesties en travaux sylvicoles. Il était convenu que ce chantier respecterait les décisions du rendez-vous sur la forêt privée de mai 2011 pour ne pas le faire dévier de son mandat. Or, monsieur Belley propose 31 recommandations dont, de son propre aveu, plus du tiers ne font pas partie de son mandat.

Qui plus est, seulement quatre de ses recommandations génèreront probablement des gains d’efficacité. Je dis probablement, car aucune de ses recommandations n’a été chiffrée ou décemment appuyée. Aurait-on eu un travail plus utile s’il s’était gardé d’écouter tout un chacun et de se concentrer sur son mandat? Assurément!

Une rigueur questionnable

Dans cette démarche, nous avons respecté les règles et nous avions confiance au président du chantier. Nous n’avons donc pas fait de commentaires sur la gouvernance, le financement aux propriétaires, la répartition des budgets, les conditions des travailleurs, les mécanismes de mise en marché. Pourquoi? Parce que c’était en dehors du mandat du chantier. Nous nous sommes trompés. Le rapport contient plus de 12 recommandations sur des sujets vitaux pour les groupements forestiers. Ces recommandations se sont faites sans que nous ayons été informés que ce serait à l’ordre du jour. Le plus fâchant est de savoir que le président savait que nous ne formulerions pas de commentaires sur ces sujets, et qu’il ne nous a pas demandé de compléments d’information ou de documentation.

Remettre en question la nature des groupements forestiers sans prendre le temps de nous en parler est difficile à avaler.

Le temps de passer à autre chose

Le rapport de monsieur Belley est arrivé en retard. Oui, il n’a pas été remis à temps. Mon passé de professeur me dit que ça sent la dernière minute. Le plus gros problème toutefois réside dans l’évolution du paysage économique. En effet, lors du Rendez-vous national sur la forêt québécoise, les perspectives d’investissement en forêt privée étaient bien meilleures. Maintenant, nous devons faire face à une précarité extrême du financement et la possibilité de perdre le programme de mise en valeur.

Dans ce contexte, l’exercice nous aurait amenés à formuler des propositions plus drastiques. Je suis absolument convaincu que les ajustements aux processus proposés sont insuffisants pour assurer la viabilité des programmes et la création de richesse à partir de la forêt privée.

Il est nécessaire de redéfinir les façons de faire pour que la grande majorité des efforts permettent la réalisation de travaux sur le terrain et la récolte de bois. En ce sens, le rapport de monsieur Belley en plus d’être inadéquat est déjà obsolète.

Un choix à faire

Il est clair que monsieur Belley n’a rien compris de l’importance et de la nature des groupements forestiers. Il nous fait même des propositions pour nous «aider» sans savoir que ça nuit plus qu’autre chose. Notre temps serait bien plus sagement investi à continuer de développer une approche efficace dans la livraison des programmes et assister le ministère dans sa défense des budgets.

Par contre nous ne nous laisserons pas casser du sucre sur le dos, c’est certain. Nous ne permettrons pas de mettre en péril le meilleur outil du Gouvernement qui assure l’utilisation transparente et efficace des fonds publics. S’il ne l’a pas compris, bien, d’autres avant lui l’ont compris. Il est maintenant temps de passer à autre chose et de mettre un terme à cet épisode noir qui n’a servi qu’à gaspiller les efforts des partenaires de la forêt privée. Efforts qui pourraient plutôt servir à la création de richesse et à la sauvegarde des investissements de l’État en forêt privée.